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jeudi 17 janvier 2013

Revue de détails : LES FORCES ARMEES MALIENNES ; de janvier 2012 à janvier 2013 IV






L'ARMEE DE L'AIR MALIENNE AU 1er JANVIER 2012

Les matériels de l'armée de l'air

Aviation :
  • Chasseurs-bombardiers : 1 MiG-21MF Fishbed, 1 x MiG-21UM Mongol B, jusqu'à 8 autres MiG-21 non-opérationnels
  • Transport : 1 An-24 Coke (probablement non-opérationnels), 2 An-26 Curl (probablement non-opérationnels), 1 Basler BT-67
  • Liaison et surveillance : 2 BN-2 Islander (probablement non-opérationnels), 4 Tetras
  • Entraînement et attaque : 2 SF-260WL Warrior (non-opérationnels)
  • Hélicoptères de combat : 4 Mi-24D Hind (2 opérationnels, 2 utilisés pour cannibalisation/réserve de pièces de rechange)
  • Hélicoptères de transport d'assaut : 2 Z-9B (1 seul peut-être opérationnel), 1 Mi-8 Hip (non- opérationnel)
  • Hélicoptère de reconnaissance et de liaison : 1 AS-350 Ecureuil (non-opérationnel)
Artillerie :
  • Armement sol-air :
    Lanceurs mobiles (missiles) : 6 lanceurs SA-3 Goa et 6 véhicules de transport/ravitaillement ZIL-131 (ensemble livré par l'URSS en 1980, avec 100 missiles) + 1 radar de contrôle de tir SON-9 Fire Can et 1 radar de détection P-10 Knife Rest (livrés par l'URSS en 1980)
    Missiles portables à très courte portée : 12 (?) SA-7 Grail
    Canons tractés :
    37 mm : 6 M1939 ou plus probablement Type 55 (copie chinoise du M1939)
    57 mm : 6 S60 ou plus probablement Type 59 (copie chinoise du S60)

Commentaires sur les matériels de l'Armée de l'Air

Avions cloués au sol et pilotes ukrainiens

1976 marque la date de création d'une véritable Armée de l'Air, indépendante, tandis que Bamako reçoit douze MiG-21MF Fishbed-J et MiG-21UM Mongol qui s'ajoutent aux quatre derniers MiG-17F au sein du nouvel Escadron de Chasse. En 2005, la République Tchèque cède trois MiG-21MF Fishbed-J supplémentaires, renforçant les autres chasseurs-bombardiers usés, vétérans du bref conflit de la bande d'Agacher avec le Burkina Faso qui s'appelle alors Haute Volta. Lors du cinquantenaire de l'indépendance malienne, trois de ces appareils participent au défilé aérien ; il s'agit probablement de ceux fournis par la République Tchèque.

Au 1er janvier 2012, un Mig-21MF et un MiG-21UM seraient toujours opérationnels, quelques vols ont d'ailleurs pu avoir lieu dans les premières heures de la rébellion, le MNLA revendiquant d'ailleurs la destruction de l'un d'eux, ce qui s'est avéré faux par la suite. Courant janvier, plus un seul ne prend l'air, sans doute cloué au sol faute de pièces détachées, de munitions, de kérosène, voire, de pilote. 

MiG-21MF Fishbed dans le courant des années 2000, sous un hangar probablement construit par les Chinois ; la toile qui recouvre la verrière permet de protéger le poste de pilotage de la chaleur ; à noter la présence d'un fusilier commando de l'air, dont l'Armée de l'Air alignerait jusqu'à deux compagnies dont certains éléments ont été entraînés par la France. Les fusiliers commandos de l'Air assurent la sécurité des bases aériennes.

Même si les avions avaient été techniquement disponibles, le mauvais niveau des rares pilotes nationaux éventuellement alignés par l'Armée de l'Air n'aurait pas permis de tirer le meilleur parti de ces machines : dans le courant des années 1980, un pilote de chasse malien effectuait une quarante d'heures de vol par an. Bien que très insuffisant par rapport aux standards de l'OTAN, voire de l'URSS à l'époque, cela conférait néanmoins à ces « chevaliers du ciel » africain un ascendant sur leur adversaire burkinabé. Dans les années 1990 et 2000, ce temps de vol chute d'autant plus que les conditions économiques ne sont pas bonnes, mais aussi, que la menace d'un affrontement avec le Burkina Faso n'est plus d'actualité et que l'acquisition d'hélicoptères de combat Mi-24 semble mieux convenir pour combattre la guérilla. De fait, les MiG-21 ne prennent plus l'air que lors de cérémonies d'anniversaire jusqu'en 2010.

De plus, le MiG-21, à l'origine conçu comme un intercepteur, n'est pas le meilleur chasseur-bombardier qui soit pour les missions d'appui (Close Air Support ; CAS), moins encore pour les missions de lutte anti-guérilla (COIN ; Counter-insurgency). Son rayon d'action très limité se conjugue avec sa faible charge offensive. Bien entendu, plus l'avion est chargé, plus son rayon d'action diminue. A cela s'ajoute de nombreux défauts aérodynamiques : d'une part, à basse altitude et à grande vitesse, sa stabilité n'est pas bonne, ce qui nuit à la précision des tirs avec les canons, avec les roquettes ou au largage de bombe, d'autre part, il perd en maniabilité au sortir d'un piqué. Enfin, les montants de la verrière du cockpit représentent un handicap pas juste en combat aérien : ils réduisent la visibilité, et donc, nuisent au repérage d'objectif ou de leur attaque.

En 2007, la Bulgarie fournit deux Mi-24D Hind-D, puis deux autres entre 2008 et 2009. Les équipages de ces lourdes voilures tournantes s'entraînent d'ailleurs à mitrailler quelques carcasses de MiG-17 sur les champs de tir ! Équipages parfois mixtes, avec des « contractors » ukrainiens qui assistent le personnel volant malien. Un de ces Ukrainiens est tué par les touareg le 02 avril 2008, suite à quoi, au moins une partie de ces « pilotes sous contrat » regagnent leur pays. Les deux hélicoptères opérationnels continuent néanmoins d'être engagés contre les irrédentistes, et ce, également durant les premières semaines de 2012. Quant aux deux autres machines, elles servent de réserve de pièces de rechange au profit des Hind qui volent. D'après certaines sources, des techniciens algériens pourraient avoir participé à leur entretien ; affirmation qui « tient l'air » puisque l'Algérie aligne aussi des Mi-24. Avec le coup d'état du 22 mars et l'effondrement de l'armée, les derniers contractors ukrainiens quittent le pays.

Même si listés dans The Military Balance 2012, plus aucun L-29 Delfin n'est opérationnel au 1er janvier 2012. Probablement reçus en 1982 et mis en service en 1983 au sein de l'Escadrille d'école de pilotage, ils ne sont pas remplacés, à l'image des autres appareils de l'unité, y compris les deux 2 SF-260WL Warrior offerts par Kadhafi et qui pourtant, disposaient de certaines capacités d'attaque. La situation est à peine meilleure en ce qui concerne les avions d'observation et de liaison : des huit avions Tetras acquis en 2003, il n'en reste plus que quatre à l'orée de 2012. 

Bien que ne disposant que d'une capacité d'emport très réduite, outre les missions de surveillance et de reconnaissance légère (ces appareils sont vulnérables même à des armes de petit calibre comme les fusils d'assaut), les Tetras peuvent effectuer des largages de ravitaillements dans l'urgence. La photographie a probablement été réalisée lors de l'exercice Atlas Accord 2012.


Des discussions étaient en cours pour l'achat de 3 bimoteurs Reims-Cessna F-406, cependant, début 2012, elles n'ont toujours pas abouti. Ces derniers auraient également pu accomplir des missions de transport léger, un des domaines dans lesquels l'Armée de l'Air malienne ne brille plus depuis déjà quelques années. D'autres contacts semblent aussi avoir été pris pour l'acquisition de LH-10 Ellipse, dont le Bénin s'est procuré quelques exemplaires, sous la désignation de Grand Duc. Véritable « drone avec pilote à bord », le Grand Duc bénéficie d'une importante autonomie pour un coût de 80 euros l'heure de vol ! Moins complexe à mettre en œuvre qu'un drone (pas de station de contrôle au sol, de personnels technique « pointu » pour l'entretien des capteurs embarqués) il peut effectuer de longues missions de surveillance. Les négociations auraient capoté suite à des indiscrétions.

Sur l'ensemble de la flotte de transport, plus un seul des appareils achetés ne semble opérationnel au 1er janvier. Le problème n'est uniquement de nature technique, d'un manque de pièces de rechange, d'entretien, et de carburant pour les avions : il est aussi la conséquence d'une absence de pilotes suffisamment entraînés pour effectuer des missions au-dessus du désert...

Les pièces antiaériennes (Type 55 et Type 59) ont probablement été livrées par la Chine dans les années 1980. Les missiles SA-3 Goa proviennent de l'  « époque soviétique » du Mali ; s'ils semblent encore vaguement opérationnels en 2012, leur utilité est discutable. Le personnel n'est probablement plus très qualifié, l'état du matériel n'est sans doute pas excellent, et aucune menace conventionnelle régionale ne justifie leur maintien en service, si ce n'est pour défiler. Quant au terrorisme, l'utilisation d'un vecteur aérien pour frapper le Mali relève du fantasque, et même si (un appareil de tourisme visant les bâtiments de l'état-major de l'EUTM par exemple), les SA-3 ne seraient pas très adaptés pour contrer une opération de ce type, notamment contre des avions volant à moins de 100 mètres au-dessus du sol.

Missiles sol-air SA-3 Goa ; contrairement à ce qu'affirment ceux qui les présentent parfois, ils ne sont pas ici sur leur lanceur ; les camions ZIL-131 ne servent que de véhicules de transport et de réapprovisionnement pour les missiles, tandis que les lanceurs, eux, sont fixes. Le SA-3 n'est donc pas un système d'armes automoteur.

Lanceur de SA-3
 
Organisation de l'Armée de l'Air

État-major de l'Armée de l'Air (voir son organisation détaillée ci-dessus)

 
Considérations sur l'efficacité de l'Armée de l'Air

En mars 2011, pour la première fois de son Histoire aéronautique, le Mali dispose de onze pilotes formés non pas à l'étranger, mais sur son sol. Forts de leur brevet élémentaire de pilote d'ULM, ils sont intégrés à l'Escadron d'Aviation Légère d'Observation (EALO) dont les missions vont de la surveillance, y compris au profit des forces terrestres aux reconnaissances météos pour l'Escadrille d'hélicoptère de combat.

A l'instar des forces terrestres, les personnels de l'Armée de l'Air profitent de formations et d'entraînement étrangers : la mise sur pied de l'Aviation Légère d'Observation (ALO), l'instruction des pilotes, se font avec l'aide de la France. En mai 2009, des éléments du 6th Special Operations Squadron (6th SOS), attaché au 1st Special Operations Wing (1st SOW) sont déployés sur la Base 101. Ils encadrent des exercices de largage avec le Basler BT-67, toujours opérationnel à cette date, de défense d'une base aérienne et de mission de recherche et de sauvetage. Unité atypique, le 6th SOS a regroupé des appareils susceptibles d'opérer depuis des pistes de fortune (notamment des AN-26 jusqu'en 2006 et des Basler jusqu'en 2008 et possède depuis 2012 des PZL M28 polonais désignés C-145A Skytruck dans l'US Air Force).

Le 07 février 2012 débute un autre exercice commun, Atlas Accord 12, prolongement de la mission menée en 2009 par le 6th SOS, avec là encore, des exercices de largage ; à cette occasion, le Basler BT-67 est encore utilisé. Exercice qui prend une tournure particulière avec la bataille du nord : le Basler y ravitaille alors la garnison de Tessalit ; d'après certaines sources une partie de l'approvisionnement livré serait tombé dans les lignes ennemies. Des conseillers militaires du 6th SOS, puisque sur zone, auraient pris part aux opérations, peut-être de leur propre initiative.

Largage de ravitaillement, dans les environs de Mopti, depuis le Basler BT-67 lors d'Atlas Accord 2012.

La doctrine de l'Armée de l'Air malienne, tout comme celle de l'Armée de Terre, n'existe pas à proprement parler : elle mélange la doctrine soviétique pour la supériorité aérienne (interception et combat aérien dirigé depuis des contrôleurs au sol disposant de radar pour guider les pilotes de chasse et prendre les décisions ; doctrine qu'imposaient les faibles performances des radars embarqués des chasseurs soviétiques), la doctrine française pour l'appui au sol (CAS ; close air support dans la terminologie anglo-saxonne) et la doctrine américaine pour le transport !


GENDARMERIE NATIONALE AU 1er JANVIER 2012

Les matériels de la Gendarmerie Nationale
Blindés légers : 5 RG-31 Nyala
Véhicules non blindés :
  • Légers : 4x4 Toyota
Armement léger :
  • Pistolets-mitrailleurs : MAT-49 (stockés, en réserve ?)
  • Carabines semi-automatiques : SKS et Type 56 (copie chinoise du SKS)
  • Fusils semi-automatiques : peut-être quelques vieux MAS 49/56 (stockés, en réserve ?)
  • Fusils d'assaut : AK-47, AKM et AKMS, Type 56 ou Type 56-1 (copies chinoises de l'AK-47)
  • Mitrailleuses légères : PKM

Organisation de la Gendarmerie Nationale
Direction centrale de la Gendarmerie
  • Cabinet
  • Commandement des écoles
    École des officiers de Gendarmerie
  • Groupe d'unités de réserve ministérielle
    Peloton d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (PIGN ; stationné au Centre National d'Entraînement de Faladié)
    Groupement d'Intervention de la Gendarmerie Mobile (GIGM)
    2 escadrons de maintien de l'ordre
  • Inspection de la Gendarmerie
  • Services d'investigations judiciaires
  • Services administratifs
    Personnels
    Opérations
    Administration et finances
    Fichier et transmissions
  • Commandement de la Gendarmerie Mobile
    État-major de la Gendarmerie Mobile
    Escadrons de gendarmerie mobile
    Pelotons de gendarmerie mobile
  • Commandement de la Gendarmerie Territoriale
    État-major de la Gendarmerie Territoriale
    Brigades territoriales (total de 83 brigades territoriales, 9 brigades routières, 2 brigades
    mixtes, 2 brigades fluviales et 2 brigades aériennes)
    Escadrons territoriaux
  • Compagnie de Gendarmerie des transports aériens (Bamako-Sénou ; notamment chargée de la lutte contre le trafic de drogue, l'unité aligne des chiens formés à cette mission)

Probablement des membres du Peloton d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (PIGM) lors de 14ème Promotion du Cours supérieur et de la 24ème Promotion des élèves Gendarmes.

Commentaires sur la Gendarmerie Nationale
Le corps entretient depuis longtemps des rapports avec la Gendarmerie Nationale française, et plus généralement, la France. Ainsi, Paris équipe les deux escadrons de maintien de l'ordre du GIGM à la fin des années 1990, tout en fournissant des véhicules, des motos et du matériel de bureau (machines à écrire) aux unités territoriales. L'Espagne participe elle aussi à l'équipement en véhicules et en matériel d'investigation, avec la fourniture de 311 000 euros de matériel en mars 2012.

Les unités de la Gendarmerie Mobile et celles de la Gendarmerie Territoriale sont réparties entre les Légions de Gendarmerie, structures de commandement territoriales qui permettent de gérer et de coordonner l'action des composantes du corps. Ces unités sont organisés en Groupements de Gendarmerie Mobiles et en Groupements de Gendarmerie Territoriales,


MINISTERE DE LA SECURITE INTERIEURE ET DE LA PROTECTION CIVILE

GARDE NATIONALE AU 1er JANVIER 2012

Les matériels de la Garde Nationale
Véhicules non blindés : peut-être jusqu'à 1 150 (Gendarmerie comprise)
  • Légers : 4x4 Toyota
Armement léger :
  • Pistolets-mitrailleurs : MAT-49 (stockés, en réserve ?)
  • Carabines semi-automatiques : nombreux SKS et Type 56 (copie chinoise du SKS)
  • Fusils semi-automatiques : peut-être quelques vieux MAS 49/56 (stockés, en réserve ?)
  • Fusils d'assaut : AK-47 et AKS-47, AKM et AKMS, Type 56 (copie chinoise de l'AK-47), Type 56-1 (copie chinoise de l'AKS-47)
  • Mitrailleuses légères : PKM (?)

Organisation de la Garde Nationale
État-major de la Garde Nationale
  • Cabinet
  • Inspection de la Garde Nationale
  • Service de transmissions et de télécommunications
  • Division « opérations et emploi »
  • Division « administration et finance »
  • Division « matériel et logistique »
  • Groupement Territorial de Bamako (GTB ; groupement territorial du district de Bamako)
    Compagnie de Commandement, d'Appui et de Soutien ( ? ; CCAS)
    Groupements d'Intervention de la Garde Nationale (GIGN ; Bamako ; au nombre de deux)
    Groupement de Maintien de l'Ordre (GMO ; créé en 2002 ; stationné à Bamako)
    3 escadrons de maintien de l'ordre
    Centre d'instruction de la Garde Nationale
  • 1er Groupement Territorial de Kayes
    1re Compagnie Régionale de la Garde Nationale
  • 2ème Groupement Territorial de Koulikoro
    2ème Compagnie Régionale de la Garde Nationale
  • 3ème Groupement Territorial de Sikasso
    3ème Compagnie Régionale de la Garde Nationale
  • 4ème Groupement Territorial de Ségou
    4ème Compagnie Régionale de la Garde Nationale
  • 5ème Groupement Territorial de Mopti/Sévaré
    5ème Compagnie Régionale de la Garde Nationale
  • 6ème Groupement Territorial de Tombouctou
    1re Compagnie Méhariste (Léré)
    5ème Compagnie Méhariste (Inakounder)
    6ème Compagnie Régionale de la Garde Nationale
  • 7ème Groupement Territorial de Gao
    2ème Compagnie Méhariste (Ménaka)
    4ème Compagnie Méhariste
    7ème Compagnie Régionale de la Garde Nationale
  • 8ème Groupement Territorial de Kidal
    3ème Compagnie Méhariste (Abeïbarra)
    6ème Compagnie Méhariste
    8ème Compagnie Régionale de la Garde Nationale

Commentaires sur l'organisation des unités de la Garde Nationale
Rôle et organisation générale

Tandis que l'Armée de Terre assure la défense du territoire, la Garde Nationale est chargée de la sécurité des institutions de l’État, ainsi que organes administratifs sur tout le territoire. De fait, les gardes nationaux protègent l'ensemble des édifices publics, tels que les résidences des responsables politiques, les banques... La sécurité des bâtiments diplomatiques étrangers leur incombe également. Pour se faire, les groupements territoriaux s'organisent en plusieurs compagnies (voire « Les compagnies de la Garde Nationale », ci-dessous), pelotons et groupes qui occupent des postes de sécurité.


Les Groupements d'Intervention de la Garde Nationale

Également connus en tant que Groupement d'Intervention Rapides, les deux unités sont à la Garde Nationale ce que les ETIA sont à l'Armée de Terre. Constitués d'éléments peu nombreux, mais relativement bien équipés, notamment en moyens de transmissions, et bien entraînés, ils sont aussi très mobiles grâce aux 4x4 dont ils disposent. Dès leur création en 2001, ils sont souvent mis à contribution dans la lutte contre les bandits et les trafiquants du désert et, durant toute la crise en Côte d'Ivoire, en des deux groupements patrouille en permanence à la frontière tandis que l'autre reste en réserve à Bamako.


Les méharistes

Mises sur pied avec l'aide de la France entre 1995 et 2003, chacune des six unités méharistes se compose de 100 à 140 hommes recrutés au sein de la population locale, ce qui leur confère l'atout de parfaitement connaître le terrain sur lequel ils opèrent. Ils patrouillent dans les zones désertiques du nord du Mali, effectuant davantage une mission de surveillance que coercitive. Ce rôle fait qu'ils sont équipés de GPS, ainsi que d'un matériel de transmissions complet qui leur permet de rendre-compte, dans le cadre de ce qui reste l'un des principes valables édictés par le général Laperrine dans ses « Directives de police saharienne » du 18 février 1918, à savoir, « Sécurité de l'unité par un renseignement de qualité ». Autre tâche, elles représentent l’État, tout en accomplissant éventuellement des actions de police.

Reste que si les compagnies méharistes disposent des moyens suffisants pour engager des bandits du désert, elles ne sont pas de véritables formations de combat. Face à un adversaire important, elles doivent a priori s'évaporer, tout en continuant à renseigner les autorités sur l'évolution de la situation, notamment au profit des ETIA. Cependant, en dépit de tout leur potentiel, les méharistes sont engloutis dans la tourmente du début 2012 sans réellement remplir leur mission. Une partie d'entre eux a probablement rejoint le MNLA ou les islamistes d'Ansar Dine, tandis que les autres sont sans doute regroupés à Sévaré.

Elles s'organisent en deux ou trois sections/pelotons, selon l'effectif total, avec au minimum : 


Les compagnies d'intervention régionales 
 
Parfois également désignées sous le nom de Compagnies d'Intervention Rapides, les compagnies d'intervention régionales sont également en cours d'organisation (début 2012), peut-être sur la base d'une CIR par Groupement Territorial, afin de permettre d'opérer sans délai sitôt des bandits repérés. Les informations sont lacunaires, mais en dépit de l'aide française, les moyens pour le développement des CIR seraient restés très insuffisants.


Les compagnies de la Garde Nationale

Entre 2005 et 2006, Bamako recrute 1 000 gardes nationaux supplémentaires, affectés à 7 compagnies d'environ 150 hommes chacune. Les compagnies en question n'apparaissent pas dans l'ordre de bataille ci-dessus, faute d'être parvenu à les identifier et à déterminer leur localisation. Les Groupements Régionaux du septentrion, qui regroupent aussi les compagnies méharistes (Kidal, Tombouctou, Gao) pourraient avoir reçu ce renfort. Celui-ci reste insuffisant, l'indique à la même époque le colonel Broulaye Koné, chef d’État-major de la Garde Nationale expliquant que 50 % des besoins en effectifs ne sont pas remplis. Effectifs qui sont également formés en peu de temps : dix mois d'instruction répartis en six mois pour les techniques dites « professionnelles » et quatre mois pour celles propres au métier de garde national.

Une fois sortis du centre d'instruction et dans leurs unités, les gardes nationaux sont entre autres, chargés d'assurer la sécurité des gouverneurs de régions, ainsi que des préfets et sous-préfets. En dépit d'une certaine qualité des officiers supérieurs du corps, celui-ci n'est pas exempt de certaines tares : problèmes d'indisciplines et alcoolisme en service ne sont pas rares,ce qui, outre ternir l'image de la Garde Nationale (en particulier dans le nord du pays) diminue son efficacité globale, déjà réduite par un entraînement insuffisant, sans période de « rafraîchissement » ainsi que par des carences en équipement.


L'équipement : des unités spécialisées mieux dotées, des compagnies régionales handicapées

En effet, l'aide étrangère ne suffit pas à combler tous les besoins en matériel, en particulier pour les compagnies régionales. Les unités spécialisées (les Groupements d'Intervention de la Garde Nationale, les compagnies d'intervention régionales et les compagnies méharistes) sont mieux loties : matériel de transmissions, 4x4, armes automatiques. Il en va autrement pour les compagnies régionales qui manquent de postes de radio, avec des personnels pas toujours très bien formés à leur utilisation, avec un armement qui se limite pour l'essentiel à de vieilles carabines semi-automatiques SKS ou Type 56.

Certes, un fusil ou une carabine semi-automatique, entre des mains expertes, est un redoutable outil de guerre. Il permet des tirs plus précis qu'avec un fusil d'assaut dont le sélecteur de tir serait « calé » en rafales. En outre, la SKS (ou Type 56) a une portée pratique de 400 mètres, contre 300 mètres pour un fusil d'assaut de type Kalashnikov, en théorie, donc, les gardes nationaux ne sont pas désavantagés contre des rebelles et des salafistes dotés de Kalashnikov.

En pratique, la situation est différente : l'absence d'armes automatiques collectives (mitrailleuses légères et lourdes) fait que l'avantage de l'allonge revient finalement à l'ennemi. En outre, faute d'entraînement suffisant, les gardes nationaux sont bien incapables de réaliser des tirs précis jusqu'à 400 mètres, tandis que leur volume de feu reste dans tous les cas inférieur à celui de l'adversaire ; en résumé, ils tirent moins et moins précisément.

Enfin, les armes automatiques individuelles et collectives permettent de faire « boule de feu » lors d'une embuscade. Cette tactique de combat étant très employée tant par les irrédentistes que par les terroristes, avec leurs armes semi-automatiques, les gardes nationaux sont écrasés sous la puissance de feu adverse ; « outgunned » comme disent les Anglo-saxons. Pour ne rien arranger, à l'instar de ce qui prévaut dans l'Armée de Terre, les munitions manquent.


Quel bilan pour la Garde Nationale ?

La Garde Nationale est une force paramilitaire dont la mission n'est évidemment pas d'affronter un adversaire lourdement armé. C'est pourtant ce qui est arrivé, avec des hommes engagés aux côtés de ceux de l'Armée de Terre, eux non plus, pas toujours très bien équipés. En conséquence de quoi , une partie des gardes sont neutralisés (tués, blessés, capturés), mis en déroute avant de déserter. Désertion d'ailleurs très nombreuses, parfois même sans combat : les gardes d'origine nomade rejoignent simplement le MNLA avec véhicules, armes et bagages, puis, quelques semaines plus tard, souvent soudoyés, ils abandonnent le MNLA pour intégrer Ansar Dine.

Quant aux unités spécialisées, comme nous l'avons vu, les compagnies méharistes sont englouties dans la tourmente, tandis que celles de Bamako soutiennent le capitaine Sanogo, ce qui vaut d'ailleurs au commandant de la Garde Nationale, Yamoussa Camara, de devenir le ministre de la Défense. Ces unités n'interviennent pas non plus, ou plutôt, elles contribuent à contraindre Cheik Modibo Diarra à la démission, le 11 décembre 2012, alors qu'elles étaient censées participer à la sécurité des institutions de transition. Bilan mitigé, donc : en utilisant ces forces en début d'année, Bamako a fait flèche de tout bois, l'ennui étant que le bois utilisé n'était au mieux pas assez solide et au pire, vermoulu


POLICE NATIONALE AU 1er JANVIER 2012

Organisation de la police nationale
Direction générale de la police nationale
  • Direction de la sécurité publique
  • Direction de la police judiciaire
  • Direction des renseignements généraux et surveillance du territoire
  • Direction du personnel
  • Direction des finances et du matériel
  • Direction de la police des frontières
  • Direction de la formation
    École nationale de police
  • Groupement mobile de sécurité (GMS)
  • Directions régionales de Gao, Kidal, Tombouctou, Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou, Sikasso et district de Bamako
    Service de sécurité territoriale
    Commissariats de police d'arrondissements
    Postes de sécurité publique
    District de Bamako
    Compagnie de circulation routière
    Compagnie antiémeute de Bamako (une seconde compagnie de ce type semble exister à
    Kayes)

Patrouille du GMS ; la police est pour l'essentiel doté d'armes de poing (pistolets de 9 mm), tandis que le GMS, plus lourdement armé, semble disposer de fusils d'assaut de type Kalashnikov et de fusils-mitrailleurs RPK. La police a perdu de nombreux véhicules au cours de la bataille du nord : réquisitionné par l'Armée de Terre ou abandonnés dans les villes conquises par les rebelles et les jihadistes. Ces mêmes 4x4 servent aujourd'hui aux forces de « police islamique ».

(A suivre...)


Laurent Touchard