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samedi 19 janvier 2013

Revue de détails : OPERATION SERVAL - LES FORCES FRANCAISES (Au 19 janvier 2013)

ERC90 Sagaie et P4 PATSAS du 1er RPIMa au second plan ; la P4 est armée d'une mitrailleuse M2HB de 12,7 m/m. Le véhicule est utilisé de concert avec le VPS de Panhard, plus adapté à ce théâtre d'opération : moteur qui ne surchauffe pas et capacité d'emport supérieure, variant du simple au double avec environ 600 kilos pour la P4 contre 1 200 pour le VPS. De fait une patrouille dotées de VPS est autonome pour un plus grand laps de temps que celle avec P4, davantage de carburant, de munitions et de vivres pouvant être emportés. Quant au Sagaie, il reste une valeur sûr sur le théâtre africain, tant par sa fiabilité que par son canon de 90 m/m.




NOTE : mise à jour sur le dispositif Serval ici : http://conops-mil.blogspot.fr/2013/02/revue-de-details-operation-serval-les.html


Entamée le 10 janvier dans le courant de l'après-midi, avec huit C160 Transall qui amènent à Mopti-Sévaré l'avant-garde du dispositif français, la mise en place du dispositif se poursuit, avec une montée en puissance aussi bien terrestre qu'aérienne. Ce « billet » dresse l'état des lieux des unités déployées, en cours de déploiement ou dont le déploiement est prévu/pourrait survenir au cours des jours prochains.


L'ARMEE DE TERRE

MONTEE EN PUISSANCE DU DISPOSITIF DE L'ARMEE DE TERRE

Avant le 10 janvier ?

  
Jeudi 10 janvier

 
Vendredi 11 janvier

 
Samedi 12 janvier



Du samedi 12 au lundi 14 au janvier

 
Lundi 14 janvier


Du mardi 15 au mercredi 16 janvier


Jeudi 17 janvier

 
Vendredi 18 janvier


Date de déploiement inconnue
  
A partir du 19 janvier (unités susceptibles d'être déployées)

 
RECAPITULATIF DES MATERIELS ENGAGES AU 19 JANVIER (sur zone ou en cours de déploiement ; n'inclut pas les unités déployables à partir du 20 janvier, mais qui n'ont pas encore reçu leur ordre de marche)

Reconnaissance et combat : au moins 15 AMX-10RC (dont 12 en cours d'acheminement), 12 ERC90 Sagaie
Reconnaissance :
  • Blindés : au moins 28 VBL (12 en cours d'acheminement)
  • Véhicules légers armés : ? P4 PATSAS, ? VPS, ? VLRA
Véhicules blindés de transport de troupes : une soixantaine de VAB (plus une dizaine en cours d'acheminement)
Véhicules non blindés :
  • Légers : P4
  • Moyens et lourds : GBC 180, TRM 2000 et probablement TRM 10000
Artillerie :
  • Mortiers :
    51 m/m : LGI
    81 m/m : au moins 6 LLR F1
Armement antichar :
  • Missiles : au moins 6 postes de tir Milan 3, Eryx (?)
  • Lance-roquettes : AT4CS
Armement léger :
  • Fusils d'assaut : FAMAS F1 (dont beaucoup revalorisés avec des lunettes JX4 F1 d'aide à la visée), HK416 (pour les éléments des CPA, ainsi que, probablement ceux du 1er RPIMa et du 13ème RDP)
  • Fusils de précision : FRF2 et HK417
  • Mitrailleuses légères : Minimi
Hélicoptères : + une quinzaine de voilures tournantes du 5ème RHC (SA342M Gazelle de reconnaissance et d'attaque, EC665 Tigre et SA330Ba Puma)
  • De combat : 4 SA342M Gazelle
  • D'assaut : 4 SA330Ba Puma


COMMENTAIRES SUR LES FORCES TERRESTRES

Les forces spéciales

Panhard VPS ; à l'image des véhicules du 1er RPIMa qui "grenouillent" actuellement dans les zones arides maliennes, de Konna à Diabali, et peut-être au-delà, en remontant vers le nord ; l'armement se compose d'une mitrailleuse lourde M2HB de 12,7 m/m et d'une Minimi en 5,56 m/m.

La présence du Groupement de Forces Spéciales Sabre (GFS Sabre), en place au Sahel depuis 2007/2008 permet aux autorités françaises de réagir promptement à l'offensive jihadiste qu'accompagne la demande d'aide du chef d'Etat malien. A peine quelques heures après cette sollicitation, le jeudi 10 janvier, des C160 Transall amènent probablement les premiers hommes et véhicules d'une partie de la 3ème Compagnie RAPAS (Recherche Aéroportée et Actions Spéciales) du 1er Régiment Parachutiste d'Infanterie de Marine (1er RPIMa). Héritier des Special Air Service (SAS) français de la Seconde Guerre Mondiale, le régiment appartient à la Brigade de Forces Spéciales Terre (BFST), agissant tant au profit du Commandement des Opérations Spéciales (COS) que de la Direction du Renseignement Militaire (DRM).

Les éléments de la 3ème Compagnie RAPAS sont notamment spécialisés dans l'utilisation de véhicules légers armés dédiés aux patrouilles de reconnaissance profonde motorisées. A cet effet, les sections d'une trentaine d'hommes utilisent des véhicules légers Peugeot P4 ainsi que des Panhard VPS, plus lourdement armés (mitrailleuse M2HB de 12,7 m/m, Minimi et éventuellement M134 Minigun [aucune de ces armes ne semble être au Mali], lance-missiles Milan) et également plus adaptés que les P4 aux zones arides (mobilité dans le sable, moteur qui chauffe moins). Ils sillonnent déjà le désert en 2010, alors que la France tente de retrouver et de libérer Michel Germaneau. En outre, la 3ème Compagnie aligne des VLRA, camions légers avec une bonne mobilité tactique, pour le soutien logistique des patrouilles en P4 et VPS.

Véhicule PATSAS, avec une mitrailleuse lourde M2HB de 12,7 m/m et une mitrailleuse AANF1 de 7,62 m/m ; le parachutiste du 1er RPIMa est armé d'un HK416 ; ces patrouilles encadrent l'armée malienne (voire, pallient à ses défaillances,éclairent les itinéraires au profit des forces plus conventionnelles, mais surtout, recueillent du renseignement tout en étant susceptible d'harceler les jihadistes, en opérant sur leurs arrières.

Sur place, les éléments du 1er RPIMa protègent les équipes des Commando Parachutistes de l'Air 10 et/ou 20 (CPA 10 et/ou CPA 20). Par ailleurs, ils constituent une force, certes légères et peu nombreuse, mais extrêmement bien entraînée et bien armée, pouvant bénéficier d'un appui précis de l'aviation, grâce aux guidages des frappes menés par les parachutistes du/des CPA, si d'aventure les jihadistes enfoncent ce qui reste du front. Tandis qu'ils débarquent sans doute des Transall, la situation de l'armée malienne se dégrade d'heure en heure. D'où une autre mission que s'empressent d'exécuter les forces spéciales du RPIMa : reprendre en mains les militaires maliens : réorganiser ce qui peut l'être, encourager ceux qui n'ont pas fui et qui se battent envers et contre tout.

Cette mission, ils la poursuivent jusqu'à aujourd'hui : outre les patrouilles qu'ils effectuent en liaison avec les unités plus conventionnelles de l'Armée de Terre (notamment l'éclairage du terrain), ils continuent d'encadrer les militaires maliens, s'efforçant de faire correspondre la réalité du terrain aux déclarations laconiques dans la presse : « L'armée malienne se bat »... Certains de ses soldats font effectivement preuve de bravoure, oui. Ils font ce qu'ils peuvent, dans des conditions difficiles, à commencer par le manque d'entraînement et de munitions, et un moral souvent médiocre. Mais les carences, l'impéritie qui ont conduit à la débâcle du début 2012 n'ont que peu été corrigées depuis, comme le relève sur ce blog la « Revue de détails » consacrée à l'armée malienne. Sans les hommes du 1er RPIMa, les jihadistes auraient assurément provoqué l'effondrement de la 6ème Région Militaire, quoi qu'en disent les chefs maliens.

VLRA du 1er RPIMa aux côtés d'un pick up de l'armée malienne

Concernant les éléments des CPA (leur présence est, depuis le 10 janvier, avérée), outre d'être spécialisés dans le guidage au sol des missions CAS (close air support ; appui aérien rapproché) opérées par l'aviation de chasse, leur rôle consiste aussi, pour le CPA 10, à permettre l'utilisation d'installations aéroportuaires non préparées (sécurisation, remise en état des équipements principaux, dépollutions quant à d'éventuels explosifs dangereux pour les avions de transport) et pour le CPA 20, à baliser et à préparer des pistes de fortune, lors de « reconnaissance de terrain pour poser d'assaut » (RTPA) pour les Transall, C-130 Hercules et autres appareils de transport tactique légers, qui dès lors, peuvent atterrir même en plein désert.

Enfin, des éléments du 4ème Escadron du 13ème Régiment de Dragons Parachutistes (13ème RDP), spécialisés dans le recueil du renseignement militaire en zone désertique/aride, opèrent très probablement au nord Mali. Certes, il ne s'agit que d'une supposition, mais l'on imagine mal que ces forces spéciales, susceptibles d'observer et de rendre compte quant à certains objectifs stratégiques pour les jihadistes, ne soient pas mises à contribution. A noter que leur rôle n'est pas de combattre, ni d'engager l'adversaire : si les hommes du 13ème RDP ont recours à leurs armes, c'est qu'ils ont été découverts et que leur mission a donc « échoué ».


Les forces conventionnelles

Poste de tir Milan 3 en position à proximité du pont de Markala ; le Milan 3 est en mesure de pulvériser tous les véhicules utilisés par les jihadistes, y compris les quelques blindés capturés à l'armée malienne.

Si pour certains l'assemblage d'unités diverses, détachées de telle ou telle formation, apparaît comme un signe d'improvisation et d'impréparation, dans les faits il témoigne d'une grande souplesse des formations blindées, d'infanterie, d'artillerie ainsi que d'appui et de soutien concernées. D'ailleurs, ces unités sont entraînées à opérer les uns avec les autres, aussi bien dans le cadre de manœuvres menées en France où à l'étranger qu'à l'occasion d'opérations extérieures. Elles s'organisent en sous-groupement tactique interarmes (SGTIA ; le plus souvent une compagnie ou un escadron renforcé de détachements divers) ou en groupement tactique interarmes (GTIA ; avec un minimum théorique d'une compagnie de commandement et de soutien et trois compagnies ou escadrons, noyau auquel s'agrège des éléments divers, en fonction de la nature du GTIA : à dominante chars, à dominante blindée, à dominante infanterie...).


La faiblesse des moyens de transport stratégique

Un C-130 Hercules, probablement de l'ET 3/61 Poitou, sur l'aéroport de Bamako-Sénou, le 14 janvier ; à l'arrière plan, un des MiG-21MF Fishbed de l'armée de l'air de malienne et ce qui semble être l'épave d'un Tetras, dans les broussailles.

Cette souplesse et cette capacité d'adaptation, peu d'armées les maîtrisent avec autant d'expertise que l'armée française. Nul chauvinisme du rédacteur de ces lignes derrière cette remarque : il s'agit d'une constatation « clinique » quant à un principe d'utilisation et de déploiement de nos forces induit tant par l'expérience que par des moyens de transport stratégique souvent insuffisants : ils l'étaient en 1978 lors de l'opération de sauvetage de Kolwezi, ils le sont encore aujourd'hui. Faute d'A400M, la France dépend d'un soutien international (y compris russe), pour amener ses forces terrestres sur zone.

Imaginons le cas de figure d'une réaction timide de nos alliés, et un soutien moindre, voire inexistant... Nous ne pourrions alors déployer nos unités qu'au compte-gouttes. L'aérotransport des hommes du 2ème RIMa sans leurs véhicules (qu'ils reçoivent deux jours plus tard) ou encore le mouvement stratégique qu'effectue, par la route, le SGTIA qui part d'Abidjan, alors qu'il n'aurait fallu que quelques heures (conditionnement/préparation des véhicules compris) pour positionner l'essentiel de ces moyens si des A400M avaient été disponibles, épargnant de la fatigue aux personnels, ainsi que la mécanique des engins. Notons toutefois que ce redéploiement témoigne de la pertinence du concept du véhicule blindé à roues, au moins dans certaines régions du monde.


Politique, stratégie et budgets : des choix à venir

D'autre part, si pour l'heure la question ne se pose pas encore, songeons à un autre scénario : qu'aurait-il été de l'opération Serval si la France n'avait pas bénéficié de dispositifs déjà en place, en Afrique ? Comment vite renforcer nos unités spéciales envoyées à Mopti-Sévaré sans l'infanterie de Marine, les parachutistes, la Légion, implantés au Tchad, en Côte d'Ivoire... ?

Au cours des mois et des années à venir, c'est donc toute une politique de désengagement qui sera à revoir, car il y a fort à parier que si les événements actuels s'étaient produits cinq ans plus tard, le Mali tombait. Ceux qui crient au « néo-colonialisme » tout en travaillant aux réductions des budgets de la Défense oublient qu'ils mettent en danger nos militaires, tout en créant un paradoxe : garantir la Démocratie sans avoir les moyens de la protéger si nécessaire. L'existence de partenariats et d'accords de défense sincères, entre des gouvernements démocratiques, impliquant la présence permanente ou semi-permanente de forces étrangères (en particulier française) n'est pas une insulte à la liberté.

Outre l'état d'esprit des décideurs, les budgets constituent un obstacle : nous voyons ce qu'il en est aujourd'hui, en l'absence des A400M : Paris dispose de forces de qualité. Cependant, les moyens de transport aérien stratégique sont par trop réduits pour mettre en œuvre, dès les premières heures d'une crise, un volume de force conséquent...

Les atouts

ERC90 en route pour Diabali depuis Bamako ; le "concept de la roue" démontre une fois de plus toute sa pertinence sur ce type de théâtre, avec une grande capacité de manoeuvre et de feu, ainsi qu'une bonne mobilité stratégique


En dépit de leur âge désormais bien avancé (les VAB sont entrés en service en 1976, les AMX10RC en 1980 désormais revalorisés en AMX10RCR, les ERC90 Sagaie en 1982) et de leur vulnérabilité aux armes de type RPG-7, les matériels blindés déployés ont depuis longtemps prouvé leur efficacité (moyennant des modernisations et revalorisation importantes en Afghanistan). Le « concept de la roue » plutôt que celui de la « chenille » est une fois de plus validé sur le territoire africain : il autorise des redéploiement stratégiques terrestres sur de longues distances, relativement moins exigeants en terme de maintenance que les véhicules à chenilles, mais aussi moins gourmands en carburant.

La capacité de combat n'est pas pour autant bradée : les pièces de 90 m/m des Sagaie, celles de 105 m/m des AMX10RC sont en mesure de « traiter » la plupart des chars et blindés alignés en Afrique, et aucun des engins capturés par les jihadistes à l'armée malienne n'est en mesure de menacer dangereusement les matériels « roues-canon » français, même si des tirs de 14,5 ou de 23 m/m pourraient endommager les ERC90. Les VAB, en revanche, sont vulnérables non seulement aux RPG-7, mais aussi aux mitrailleuses de 12,7 et de 14,5 m/m, ainsi qu'aux canons de 23 m/m. Dans tous les cas, il ne s'agit pas de « chars » contrairement à ce qu'indiquent de nombreux observateurs, mais bien de blindés. Leur fonction n'est pas d'apporter le « choc » dans un combat, mais le feu et la manœuvre.

L'increvable VAB ; toujours là après 36 ans de service

Si la dimension « choc » est, pour l'heure absente des capacités françaises engagées dans l'opération Serval, feu et manœuvre sont bien là : hélicoptères de combat et de transport d'assaut, troupes au sol parfaitement entraînées et mobiles, matériel blindés rustique mais efficace, forces spéciales extrêmement mobiles, polyvalentes (du renseignement à la reconnaissance aux éventuels raids motorisés en passant par l'assistance militaire – encadrement – aux forces maliennes), le tout bénéficiant des multiplicateurs de force que sont les transmissions, le renseignement... L'armée française, grâce à son commandement, aux hommes qui composent ses unités, et à ses matériels est en mesure, malgré les difficultés, d'accomplir sa mission opérationnelle et de venir militairement à bout des jihadistes. La suite appartiendra aux responsables politiques et c'est souvent là que les victoires militaires se transforment en défaites.


PROSPECTIVES

Les armées françaises et maliennes

Ainsi qu'expliqué plus haut, les forces spéciales se sont tout notamment appliquées à réorganiser les soldats maliens qui combattaient encore dans la zone de Konna, à les encourager et à les encadrer pour tenir le temps nécessaire à l'arrivée de renforts français. Cette mission se poursuit aujourd'hui : si, « diplomatiquement », l'armée malienne participe aux combats, libère les localités dont s'emparent les jihadistes, les Français sont les véritables « patrons ».

Les propos qui précèdent ne sont pas teintés de mépris : le rédacteur de ces lignes connaît bien l'armée malienne et il ne voit pas par quel miracle, en l'espace de quelques mois, elle aurait gommé les plus gros de ses défauts. De nombreux soldats de Bamako font certainement preuve de beaucoup de courage et de combativité. Mais pas tous. Et pour les plus vaillants, ils doivent livrer bataille avec les handicaps que constituent toutes les carences de l'armée malienne, déjà évoquées.

C'est donc à l'armée française de « tirer et de pousser » l'armée malienne afin de donner l'illusion que les forces de Bamako jouent un rôle essentiel. Le constat est rude, pourtant le rédacteur de ces lignes en est convaincu : la présence ou l'absence de l'armée malienne ne change pas grand chose à la donne. Pour qu'elle puisse effectivement avoir un rôle, il faudrait que se concrétise enfin le programme EUTM Mali, et que l'entraînement des quatre bataillons ait été mené à terme, aussi bien dans les domaines militaires qu'au sujet des droits de l'homme.

Estimant le délai nécessaire de mise en place et d'entraînement à au moins six mois, les combats seront probablement finis. Reste que le projet n'est pas inutile pour autant, bien au contraire, il a même une importance cruciale : construire une armée malienne qui saura maintenir la paix. La mission n'est pas moins noble que celle de la reconquête, elle est même plus difficile : il ne s'agira pas juste d'imposer une volonté aux jihadistes et aux groupes armés, mais aussi de gagner les cœurs et l'esprit d'une population qui aura été meurtri par la défaite de l'Etat.

Enfin, en plus d'encadrer les forces maliennes dans les combats qui se déroulent et dans la reconquête à venir, l'armée française devra aussi garder un œil vigilant sur les agissements des militaires maliens. Comme nous l'évoquions voici quelques jours (http://www.europe1.fr/International/Mali-l-armee-francaise-dans-la-duree-1380615/ ), le danger d'exactions perpétrées par des soldats avides de vengeance (tant pour les exécutions de militaires à Aguel'hoc que par haine quasi culturelle des nomades en général et des touaregs en particulier) n'est pas à exclure. Les militaires français auront donc à surveiller leurs alliés.


Les hélicoptères

Fin janvier, la France alignera une force aéromobile conséquente, comprenant une vingtaine d'hélicoptères de combat et d'assaut. Les voilures tournantes sont à la fois d'une grande efficacité et d'une immense utilité sur ce théâtre d'opération. Efficacité, car les appareils de combat peuvent engager aux missiles antichars les véhicules légers ennemis, voire les blindés qu'ils ont capturé à l'armée malienne, à distance de sécurité, au-delà de la portée pratique antiaérienne des DShK de 12,7 m/m, des ZPU-1 et 2 de 14,5 m/m, ainsi que des canons ZU-23-2 de 23 m/m.

Les SA-342M ayant toutefois montré – sans surprise – leur vulnérabilité même face aux tirs d'armes légères, il est probable que la plupart des Tigre que peut déployer la France en opérations extérieures (OPEX), soit une dizaine (sur les quarante à disposition...), seront expédiés au Mali. Ils interviendront depuis Ougadougou ou encore, depuis Mopti-Sévaré, voire, depuis des bases avancées en fonction des progrès de la reconquête. Ils mèneront les actions de « choc » tandis que les Gazelle seront probablement affectées à des missions de reconnaissance au profit des Tigre, ainsi qu'à des missions d'attaque contre des objectifs mal protégés.

Enfin, les hélicoptères d'assaut permettent d'appliquer le concept de l'aéromobilité dans toute sa splendeur ! De nuit, ils facilitent l'insertion de forces spéciales (CPA, 13ème RDP...) loin au-delà de la ligne de front, ils autorisent également le débordement et l'encerclement d'éléments islamistes fixés par des unités blindées ou d'infanterie, contribuant ainsi à la manœuvre des forces terrestres engagées. En outre, aux côtés d'hélicoptères de l'Armée de l'Air, ils sont susceptibles de participer aux missions SAR (Search and rescue ; recherche et sauvetage) si un chasseur-bombardier français était abattu au-dessus du territoire contrôlé par le jihadistes.


L'ARMEE DE L'AIR ET LA MARINE NATIONALE (Aéronavale)

Rafale au décollage de N'djamena

MONTEE EN PUISSANCE DU DISPOSITIF DE L'ARMEE DE L'ARMEE DE L'AIR

Avant le 10 janvier
  • Eléments de l'Escadron de Transport 3/61 Poitou (ET 3/61 ; C160 Transall et C-130 Hercules), basé à Ougadougou (Niger)

Jeudi 10 janvier
  • 8 C160 Transall, probablement de l'Escadron de Transport 3/61 Poitou, aérotransportent à Mopti-Sévaré des éléments du 1er RPIMa et des CPA.

Nuit du vendredi 11 au samedi 12 janvier
  • 3 Mirage 2000D venus de France renforcent le dispositif Epervier au Tchad

Nuit du dimanche 13 au lundi 14 janvier
  • 4 Rafale avec des équipages de l'Escadron de Chasse 1/7 Provence et 2/30 Normandie-Niémen décollent de Saint-Dizier ; ils survoler la Méditerranée, le Maroc puis la Mauritanie avec ravitaillement en vol assuré par 2 C135FR, bombardent des objectifs ennemis (une vingtaine de GBU-12 et ASM sont tirés) avant de se poser à N'djamena : en tout, 09 heures 30 de vol (une prouesse)

A partir de la mi-janvier
  • 2 drones Harfang de l'Escadron de Reconnaissance 2/33 Belfort, qui sont/seront basés à Niamey avant la fin du mois.

RECAPITULATIF DES MATERIELS ENGAGES AU 18 JANVIER 2012

Chasseurs-bombardiers : 4 Rafale, 6 Mirage 2000D
Attaque et reconnaissance : 2 Mirage F1CR (sur l'aéroport de Bamako-Sénou ; ils mènent des missions de reconnaissance tactique, de BDA, ainsi que des missions CAS avec des bombes lisses)
Reconnaissance, renseignement et surveillance : 2 Atlantique ATL-2 (à Dakar, Sénégal ; utilisés pour le renseignement d'origine électromagnétique [ROEM ; écoutes] et la surveillance [boule otpronique], avec une possibilité d'emport d'armes guidées ; les ATL-2 peuvent aussi servir de postes de commandement aériens)
Ravitaillement en vol : 5 C135FR


COMMENTAIRES SUR LES FORCES AERIENNES

Des carences ?

Les deux Mirage F1CR de l'Escadron 2/33 Savoie sur l'aéroport de Bamako-Sénou, où ils constituent une force de frappe immédiate à disposition des troupes engagées dans les batailles de Konna et de Diabali

Outre le manque criant d'avions de transport stratégique qui complique considérablement tant le déploiement des forces (le 2ème RIMa ayant ainsi été aérotransporté sans ses véhicules, arrivés trois jours plus tard) que la logistique, impliquant un important soutien allié, le stock de munitions air-sol ne semble pas non plus au mieux. Ainsi, les Mirage F1CR « desserrés » à Bamako ne sont-ils pas équipés d'armes guidées, mais de simples Mk82 de 250 kilos ; les réserves bien diminuées par la guerre en Libye et les contraintes budgétaires n'y seraient pas pour rien. Au bilan, la constitution d'une force cohérente et solide s'avère des plus implexes !


La reconnaissance et le renseignement

En plus des Mirage F1CR, qui ne peuvent opérer que de jour avec leur pod Presto, la reconnaissance tactique (jour et nuit) peut-être, au besoin, assurée par des Rafale équipés de pod Reco NG (même si ceux-ci n'ont toujours pas été envoyés à N'djamena). L'arrivée de deux drones Harfang à Niamey (Niger) assurera quant à elle un renseignement de nature stratégique, plus souple d'emploi que l'usage des satellites d'observation, ce en dépit des carences des Harfang. Dans tous les cas, l'acquisition d'imagerie est susceptible d'être gênée par les tempêtes de sable.

Les Atlantique ATL-2 assurent pour leur part des missions de renseignement (au profit de la Direction du Renseignement Militaire [DRM]), notamment via leurs capteurs d'écoute électromagnétique. Ils ont aussi opéré en soutien direct des SGTIA de l'Armée de Terre, surveillant les itinéraires de progression de ceux-ci au moyen de leur boule optronique, limitant ainsi les risques de mauvaises surprises... A noter que cette même boule optronique leur donne de pouvoir accomplir des missions FAC (forward air control), à savoir, guider les frappes aériennes des chasseurs-bombardiers, depuis les airs (plutôt qu'au sol).

Enfin, les C160 Transall et C130 Hercules de l'ET 3/61 Poitou peuvent eux aussi effectuer des missions de surveillance également grâce à une boule optronique. Leur importante autonomie, qui leur permet de rester longtemps en vol au-dessus du désert (à condition qu'aucune tempête de sable ne viennent gêner l'observation), fait d'eux des auxiliaires de valeur dans le repérage des colonnes motorisées de l'adversaire...


PROSPECTIVES

Les chasseurs-bombardiers
La montée en puissance des forces terrestres et la nécessité de paralyser vite et durablement la « machine de guerre » des groupes armés induit une nécessaire augmentation des moyens aériens déjà en place au Tchad, mais aussi au Sénégal et au Niger. En ce qui concerne la chasse, fin janvier, les moyens offensifs pourraient quasiment doubler, passant de 12 appareils actuellement à une vingtaine, avec notamment un redéploiement des Rafale pour l'heure basés à Al-Dhafra, aux Emirats Arabes Unis. Ces avions seront répartis entre Bamako (pour les Mirage F1CR, à l'autonomie plus réduite, mais aussi en raison du manque de place à N'djamena) et N'djamena.


Corrigé le 01 février 2013
Laurent Touchard