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mardi 26 novembre 2013

Conflit : CENTRAFRIQUE, PROSPECTIVE POUR UNE OPEX


VAB et P4 devant l'aéroport de M'pko (Bangui) en avril 2013 ; point stratégique, l'aéroport est solidement contrôlé par les éléments français, ce qui permettra l'acheminement rapide d'une partie des renforts annoncés, soit environ 800 hommes. (photo : ministère de la Défense)




Tandis que la situation humanitaire ne cesse de se dégrader en Centrafrique et que se profile le spectre de massacres inter-communautaires et sa malédiction de viols, de pillages, de néant, la FOMAC (censée devenir la MISCA le 19 décembre 2013, en intégrant les forces déployées au sein de l'actuelle FOMAC) montre toutes ses limites. Le contexte est pourri depuis des décennies, mais le chaos ne s'est pas encore irrémédiablement installé en tant qu'affreuse normalité. Il importe donc de neutraliser au plus vite les divers groupes armés. Les neutraliser par l'intimidation (moins « politiquement correct » que « dissuasion », mais c'est pourtant bien de cela qu'il s'agit) en les contraignant à déposer les armes. Ou si cela ne suffit pas, en les contraignant par la force. Evidemment, cette intervention n'est pas la panacée au complexe problème centrafricain. Loin s'en faut. L'intervention française ne constitue pas une solution : elle donne uniquement d'éviter – temporairement – le pire. Et malgré tout, ça n'est pas négligeable.

Pour l'heure, la fragile FOMAC dispose de 2 500 hommes. Effectifs qui passeront à 3 600 avec la MISCA. L'intervention française préparera la mise en place dans les meilleures conditions possibles de cette MISCA, notamment en réglant la question des groupes et bandes armées de tout acabit qui sévissent désormais. Sitôt la MISCA déployée, les unités françaises tiendront lieu de force d'intervention. Même si le Conseil de Sécurité décide du déclenchement d'une mission de maintien de la paix (dans les meilleurs des cas), avec 6 000 à 9 000 hommes, ce rôle tenu par les Français ne changera probablement pas, à l'image de ce qui prévaut en Côte d'Ivoire et, bien entendu, au Mali. Quoi qu'il en soit, concernant la MISCA et l'intervention française, Jean-Yves le Drian précise les choses dans ses propos sur Europe, le 26 novembre : « La France appuiera cette mission africaine, de l'ordre d'un millier de soldats. » pour une période « (…) de l'ordre de six mois. »

Les militaires français qui interviendront auront à accomplir la rude tâche de sécuriser les zones dans lesquelles l'ordre n'existe plus aujourd'hui. Zones grises où les civils sont victimes de toutes les exactions. Cette étape franchie, il faudra rétablir une administration, des services, maintenir la sécurité pour les civils, favoriser la reprise d'activités économiques... Autant de mots, qui, eu égard à ce qu'est la situation, semblent actuellement bien utopiques. Pourtant, leur application concrète et ce qu'ils impliquent est indispensable à la sérénité dont parle Jean-Yves le Drian. (photo : ministère de la Défense)

Contrairement à ce qui est répété à l'envi par une grande partie de la presse généraliste, il ne s'agit pas d'envoyer « un millier d'hommes » supplémentaires, mais de disposer d'un volume de l'ordre d'un millier d'hommes au total, sachant que 400 sont déjà présents en Centrafrique dans le cadre de l'opération Boali. Ils assurent notamment la sécurité de l'aéroport de Bangui, celle de « points d'intérêts » et évidemment, la sécurité des ressortissants français. Ce sont donc approximativement 800 hommes supplémentaires qui devraient être engagés dans cette nouvelle OPEX (chiffres que cite d'ailleurs le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius). Pour information, dans le cadre de l'opération Boali, sont déjà déployés en Centrafrique :

 
Ces éléments militaires ne sont pas seuls. Tout d'abord, des éléments du Groupement des Commandos Parachutistes (GCP) sont signalés en Centrafrique. Certains étaient probablement dans le pays depuis plusieurs semaines, renforcés d'autres groupes des mêmes GCP qui précèdent les renforts annoncés (et préparent leur arrivée et leurs actions). Par ailleurs, même si rien ne le confirme, il y a fort à parier que des « observateurs » du 13ème RDP sont également sur place. Les uns et les autres participent à la collecte de renseignements tactiques (identification des groupes et bandes armés, de leurs leaders, des armes légères, collectives et lourdes dont ils disposent, de leurs lieux d'implantation), tandis qu'il est inévitable que des personnels de la DGSE se trouvent à Bangui, aussi efficaces que discrets, pour du renseignement stratégique (chefs politiques, rivalités entre ceux-ci, état d'esprit des « forces » centrafricaines, état d'esprit de la population quant à une opération française, etc...). Enfin, il ne serait pas incongru de voir des P4 PATSAS, des VPS et des VLRA de la 3ème Compagnie du 1er RPIMa ; le terrain et les protagonistes se prêtent à leur usage. Rappelons que le 1er RPIMa appartient aux unités du « 1er cercle » du Commandement des Opérations Spéciales (COS).

 
L'ensemble sera augmenté au cours des jours à venir par d'autres éléments provenant à la fois de métropole et des Forces Françaises au Gabon (FFG) ; cela, c'est une certitude. Au sujet des unités de métropole, plusieurs en alerte Guépard sont susceptibles d'être déployées rapidement (jusqu'à 72 heures). Philippe Chapelau évoque ainsi des éléments des transmissions en alerte « Guépard communication »1. D'autres sont probablement destinées à arriver imminemment sur zone, à commencer par une composante commandement avec l'Unité de Commandement et de Logistique (UCL) du 8ème RPIMa, une compagnie parachutiste et des hélicoptères SA342M tous à bord du BPC Dixmude. Ces voilures tournantes sont susceptibles d'être équipées de missiles antichars HOT pour les SA342-Viviane ou de canons de 20 mm. Dans les deux cas, l'armement permet de détruire aisément les 4x4 armés. Les HOT ont néanmoins l'avantage de pouvoir être tirés à distance de sécurité, hors de portée des mitrailleuses lourdes de 12,7 et de 14,5 mm. Leur faiblesse réside dans leur vulnérabilité aux tirs d'armes légères. Le danger est d'autant plus grand que les Gazelle ont leur utilité pour les missions de reconnaissance et d'éclairage d'itinéraires...


 
En ce qui concerne les Forces Françaises au Gabon, l'ensemble représente un millier d'hommes, le gros étant constitué par le 6ème Bataillon d'Infanterie de Marine (6ème BIMa) qui ne sera pas déployé, auxquels s'ajoutent les détachements suivants (eux, susceptibles d'être envoyés en Centrafrique) : des éléments de l'UCL du 8ème RPIMa, une compagnie de combat du même régiment, un peloton de reconnaissance du 1er REC, une section du génie du 1er REG. L'ensemble pourrait faire mouvement via le Cameroun ou être acheminé par avion, ce qui représenterait environ 200 hommes. Nous avons donc, susceptibles de partir en Centrafrique depuis le Gabon : 

  
Enfin, au Tchad, un escadron blindé du 1er RIMa est destiné à rejoindre le dispositif centrafricain avec ses ERC90. La question porte sur le mode d'acheminement : par la route ou par les airs ? Le concept de l'unité blindée à roues à démontré sa valeur lors de l'opération Serval. Néanmoins, sur de longues distances, cela implique de la fatigue pour les personnels ainsi qu'une usure des matériels (avec à la clef, des heures supplémentaires de maintenance). Le déploiement par air n'exige que de conditionner les véhicules avant et après le vol, mais avec des délais moindres tout en économisant hommes et machines. Si la voie des airs est choisie, cela se fera avec des Antonov loués ou accessoirement, l'aide d'alliés (et de leurs C17). Une fois encore, les A400M Atlas apparaissent comme plus que nécessaires (2 seulement au 15 novembre).


Au bilan, la France dispose ou pourrait disposer à court terme en Centrafrique de :
  • D'éléments des GCP et éventuellement des forces spéciales (plus 13ème RDP)
  • 1 unité de commandement et de logistique
  • D'éléments des transmissions
  • 1 peloton de reconnaissance (VBL ou P4)
  • 1 escadron blindé (ERC90, VBL et/ou P4)
  • 3 compagnies parachutistes (VAB, PVP et/ou P4)
  • 1 compagnie d'infanterie motorisée (VAB, VBL et/ou P4)
  • 1 section du génie
Pour être complet, ce dispositif demanderait encore de déployer un élément d'appui en sus des Gazelle et des Puma au Gabon (qui peuvent être armés), à savoir des mortiers de 120 mm en plus de mortiers de 81 mm LLR F1 des compagnies d'infanterie/parachutistes (si elles en disposent sur place). 

Patrouille motorisée en République Centrafricaine, au printemps 2013 ; le déploiement d'un second escadron de cavalerie est probable dans la mesure où serait alors possible de constituer deux GTIA ou de quatre à six SGTIA équilibrés, souples d'emploi. (Photo : ministère de la Défense)

Même s'il est possible de détacher temporairement des éléments déployés au Mali, il semble actuellement difficile de « ponctionner » beaucoup de troupes du dispositif Serval. Dans tous les cas, l'ensemble représenterait un peu plus de 800 hommes, ce qui confirme que d'autres unités en alerte Guépard à 6 heures, 24 heures, 48 heures ou 72 heures quitteront la France au cours des jours prochain afin de porter le dispositif aux quelque 1 200 hommes annoncés. Un second escadron blindé autoriserait la formation de deux GTIA ou bien de 4 à 6 SGTIA équilibrés (1 peloton blindé et plusieurs sections d'infanterie/parachutiste) et garantissant une grande souplesse d'emploi sur un tel théâtre. Dans l'immédiat, l'envoi de VBCI n'est pas évoqué : les ERC90, VBL, VAB, P4 et VLRA armés suffisent. Néanmoins, si la mission s'avérait plus difficile que prévue, le détachement d'au moins une section de 4 VBCI n'aurait rien d'absurde : mieux protégé que les VAB, avec une puissance de feu intimidante de par son canon de 25 mm, le VBCI est un système d'arme de « paix robuste »... 

  L'idée de "paix robuste" est bien à garder à l'esprit, car même si le dispositif français avec environ 1 200 hommes sera "costaud", que les groupes susceptibles de représenter une menace sont désorganisés, indisciplinés, inférieurs en terme de puissance de feu, il convient de ne pas oublier la dramatique leçon apprise par les Sud-Africains, 13 parachutistes et membres de leurs forces spéciales ayant été tués le 23 mars 2013 au cours de violents combats avec les rebelles de la Séléka. Il importe donc, de ne pas sous-estimer le potentiel de nuisance des différentes bandes. Ceci étant dit, les troupes françaises engagées (ou qui le seront) maîtriseront bien leur sujet, pourtant difficile...

A lire également, pour un historique des opérations françaises en Centrafrique jusqu'en 2013 :
http://mars-attaque.blogspot.fr/2013/11/vers-une-operation-militaire-francaise.html
et, quant aux enjeux de l'opération :
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20131127123133/onu-france-congo-tchad-crise-centrafricaine-centrafrique-les-enjeux-de-l-intervention-francaise.html


Billet hebdomadaire sur le Blog Défense de Jeune Afrique : LIBYE, LE CASSE-TETE DE L'INTEGRATION DES MILICES


La brigade commando libyenne (désignée à tort comme "brigade de force spéciale") constitue aujourd'hui l'unité la plus solide du régime ; ses 2 000 hommes sont relativement bien entraînés et équipés, expérimentés et surtout, relativement disciplinés. Cette dernière caractéristique la distingue des autres unités régulières. Composée de deux ou trois bataillons, elle engerbe une section de forces spéciales, un groupe de protection rapprochée des responsables politiques. (photo : via Facebook)




  Jusqu'à 46 civils tués le 15 novembre lors d'une manifestation contre les milices, neuf autres tués le 25 novembre dans des affrontements entre les commandos libyens et des salafistes... La Libye ne parvient pas à venir à bout du problème que posent les différents groupes armés ex-révolutionnaires (voire pro-Kadhafi, pour certains) qui n'ont toujours pas été dissouts deux ans après la chute de son dictateur. Une partie des membres de ces milices devaient être intégrés aux forces armées et de sécurité. Cependant, en raison d'écueils divers, bonnes intentions et projets n'ont quasiment pas été suivis d'effets, avec pour conséquence la perspective du chaos le plus total pour la Libye si rien ne change. 

  Pourquoi l'intégration des milices est-elle aussi complexe ? C'est la question à laquelle je réponds dans le billet hebdomadaire du Blog Défense de Jeune Afrique. Le prochain article brossera un portrait des programmes d'entraînement en cours, de l'organisation et de l'armement des forces gouvernementales... Bonne lecture !
http://www.jeuneafrique.com/Article_ARTJAWEB20131125163018_corruption-mouammar-kaddafi-milice-mohamed-abdelazizarmee-libyenne-le-casse-tete-de-l-integration-des-milices.html