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vendredi 20 juin 2014

Critique : LES POILUS DU SUD-OUEST


Les Poilus du Sud-ouest, par Vincent BERNARD, 170 pages, éditions Sud Ouest, 2014



  Le 28 juin 1914, les balles de Gavrilo Princip tuent l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie, l'archiduc François-Ferdinand, ainsi que son épouse. Quelques jours plus tôt, le 20 mai, le chef d'Etat-major de l'armée allemande a sollicité d'entamer les préparatifs en vue d'un conflit avec la France... Conflit qui aura bien lieu au prétexte de l'assassinat de l'archiduc : du 28 juillet au 11 août, les déclarations de guerre fusent...

  Dans Les poilus du sud-ouest, Vincent Bernard raconte ce maëlstrom de bruit et de fureur, vu au travers les gloires et misères du 18ème Corps, à l'origine constitué de citoyens"(...)  girondins, landais, charentais, basques, béarnais ou pyrénéens [qui] quittent leur 'petite patrie' pour se rendre à la guerre". Cependant, bien loin d'être un ouvrage régionaliste, via l'existence de ces hommes qui vivent et tombent dans les terribles batailles de 1914, dans les périodes d'accalmie, dans les offensives stériles, c'est de l'ensemble de l'Armée française dont il est question.

  L'organisation de l'armée de la revanche en 1914, l'état d'esprit, la mobilisation, etc, sont décrits avec une grande rigueur historique. Ainsi, en ce qui concerne ladite mobilisation, le propos est nuancé : si l'enthousiasme n'est pas aussi prononcé que le veut la légende, il n'est pas non plus inexistant, contrairement à ce qu'il est de bon ton d'affirmer aujourd'hui. 

  Approche qui constitue l'un des nombreux intérêts de cet ouvrage : la mise en perspective des évènements et des Hommes. Anonymes parmi les anonymes, écrasés par les enjeux autant que broyés par les obus, ils accomplissent pourtant leur devoir, s'accrochent pour leurs camarades, leur escouade, leur compagnie..

  Les effectifs qui fondent (tout spécialement pendant l'hécatombe d'août 1914), l'engagement en première ligne des "vieux", des très jeunes, est décrit avec chaleur, compassion, humilité. La description sait ne pas être studieusement impersonnelle ; Vincent Bernard sait faire exister les Poilus à chaque page, chaque ligne, chaque mot en expliquant clairement - mais sans être simpliste - comment s'est battue l'Armée française. S'il souligne l'absurdité de la "Der des Ders", il ne dénigre pas pour autant la somme de sacrifices qu'elle représente, l'âme de ceux qui ont été plongés au coeur de l'enfer.

  Un petit livre, oui. Mais je le recommande fortement pour tous ceux (et toutes celles) qui souhaitent se remémorer ce que fût "14-18" pour l'Armée française, qui souhaitent avoir une vue juste de ce qu'était l'institution militaire française à l'époque. Car, encore une fois, si le 18ème Corps est la "trame" de l'ouvrage, l'auteur évoque tous les soldats "garance" puis "bleu horizon"...

mercredi 18 juin 2014

Billets hebdomadaires sur le Blog Défense de Jeune Afrique : LE POINT SUR LES FORCES ARMEES MALIENNES (FAMa)


Entraînement au combat en localité de soldats maliens par des Français de l'EUTM Mali. Si les environnements désertiques ou constitués de reliefs rocheux prédominent dans la zone où sont appelés à entrer en action ces hommes, les localités, même de très petite taille, constituent souvent des points stratégiques objets de toutes les convoitises. Apprendre à y évoluer en présence d'un ennemi, à s'y battre est donc indispensable. (Photo : EUTM Mali)



  Dans deux des récents billets publiés par Jeune Afrique, sont passées en revue les actuelles Forces Armées Maliennes (FAMa) un peu plus d'un an après la reconquête de 2013. Si de notables lacunes - soulignées par les évènements récents - existent toujours, des progrès sont là et doivent être signalés. A l'inverse, lesdits progrès ne doivent pas non plus faire oublier ce qui reste à accomplir, tout spécialement quant à l'approche globale à propos du nord...
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140527131237/
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140605155654/defense-securite-terrorisme-nord-malidefense-ou-en-sont-les-forces-armees-maliennes.html
Un prochain billet sera consacré à la question de l'armement des FAMa.

  Bonne lecture !

samedi 7 juin 2014

Au-delà des mots : RENFORCEMENT SUR LES PLAGES


Un Sherman Firefly débarque d'un LST sur la plage de Sword, le 07 juin 1944 ; armé d'un canon de 17-pounder (76,2 mm), au lieu du classique 75 mm court, il est en mesure de tirer un projectile d'une vitesse initiale supérieure à celle du 75. Dès lors, il est en mesure d'engager les chars allemands les plus lourds (Panther, Tigre...), de front ; ce que ne peuvent pas les Sherman. Du moins pas avec autant de relative facilité.




  Le 07 juin 1944, le Débarquement est un succès. Les Allemands n'ont pas réussi à rejeter les Alliés à la mer comme le voulait Rommel. Commencé la veille en fonction des situations locales, le renforcement des têtes de pont encore fragiles s'intensifie au fil des heures. Il importe de "jeter" un maximum d'hommes et d'équipements afin d'étoffer les fronts qui s'établissent autour des zones de débarquement. Efforts qui se heurtent toutefois à la complexité de la tâche, faute d'infrastructures portuaires et en raison de la surface réduite desdites têtes de pont. La forte densité des troupes et de leurs éléments de soutien, sur un espace limité, est synonyme de vulnérabilité aux tirs de l'artillerie et à d'éventuels raids aériens ennemis.


Cette photo a été prise le 06 juin 1944 après l'assaut initial ; des fantassins de la 1st Infantry Division débarquent du LCT-538. Vers 08 heures 30, le bâtiment s'apprête à amener à pied d'oeuvre son "chargement" humain. Les rampes sont abaissés. Des obus de 88 mm le touchent alors tandis qu'il est pris pour cible par plusieurs mitrailleuses ; poursuivre la mission relèverait du suicide. Le courant se met alors de la partie, faisant dériver le "538". Il heurte une des "asperges de Rommel" (pieu de bois ou de béton auquel est fixé une mine antichar) qui explose. En difficulté, prenant l'eau par la brèche, il s'éloigne jusqu'à trouver un point de débarquement moins exposé. La rampe est encore abaissé... Mais, le "538" est trop loin de la rive et les véhicules coulent. Finalement, les dommages sont réparés. Le LCT entame alors, à l'image de centaines d'autres embarcations, une noria entre les navires de transport au large et la plage, acheminant des milliers d'hommes, comme ici... Le témoignage d'un des marins du LCT-538, Albert J. Berard, vaut d'être lu, ici :
Les équipages de ces navires dédiés aux opérations amphibies sont souvent oubliés. Injustement.


Une autre photographie prise le 06 juin 1944 : des Canadiens de la 3ème Division d'Infanterie Canadienne débarquent sur Juno après l'assaut initial. Le secteur de Juno englobe la localité de Courseulles où le général De Gaulle reviendra en France huit jours plus tard, pour une visite à Bayeux, première ville de France libérée. En raison de la marée, les Canadiens doivent débarquer quelques minutes après les Britanniques qui entrent en action sur Gold et Sword. Du côté de l'adversaire, l'ébahissement s'est estompé. Par ailleurs, les hommes sont "lâchés" plus loin que sur les autres plages. Ils doivent donc parcourir, à découvert, une plus grande distance tandis que les chars sont gênés par les différents obstacles. Si les pertes sur Juno sont finalement beaucoup moins élevées que celles qui étaient envisagées (2 000 hommes), elles sont tout de même très lourdes : 340 tués, 547 blessés et 47 prisonniers.

Sur Utah Beach, des hommes de l'US Navy examinent des "bombes automotrices" neutralisées, véritables ancêtres des robots modernes. Filoguidés, les Goliath roulent jusqu'à leur cible où ils sont alors détonnés. Les chenilles leur donnent de pouvoir circuler plus aisément parmi les décombres des villes. Ils sont d'ailleurs utilisés lors de l'insurrection de Varsovie, du 1er août au 2 octobre 1944.

Omaha Beach dans l'après-midi du 06 juin 1944 ; le "chaos organisé" propre aux troupes américaines (qui ne manquent pas de décontenancer les Allemands) est bien visible. L'Armée américaine est alors loin de ses baptêmes du feu, dans le Pacifique ou en Afrique du Nord. Malheureusement, l'efficacité dont elle s'habille disparaitra dans les mois qui suivront la fin de la guerre, avec pour conséquence un réveil difficile en Corée, cinq ans plus tard.

vendredi 6 juin 2014

Polémique : MEDIAS ET COMMEMORATIONS ; FUBAR !


Un Panther allemand en Normandie examiné par des GIs ; Panther bien "FUBAR". (Photo US NARA)



  Entre un Président de la République française qui visiblement ne s'est pas beaucoup intéressé à la question "Overlord" pour expliquer "Les Anglais qui venaient de débarquer de Pegasus Bridge" (sic) et l'indigence globale des médias, ces commémorations du 06 juin 1944 sont aussi affligeantes que tristes. Les journalistes à l'antenne sont d'une nullité à la hauteur de l'importance de l'évènement, avec une ahurissante "peoplisation" du moindre commentaire. En français, "pipolisation".

  Reconnaissons qu'il faut une certaine virtuosité pour parler de Résistance puis dans la foulée, évoquer les familles de chanteurs ou d'acteurs nées dans les parages... Ces deux gamins puérils que sont Obama et Poutine vont-ils se regarder ? En-dehors du symbole quant au rôle joué par l'Armée Rouge durant la Seconde Guerre Mondiale, on se demande d'ailleurs bien ce que l'ami russe fiche là ? Virtuosité également pour décrire par le détail ce que mangent les chefs d'Etats, les tenues de la reine ou ses sautes d'humeur ! Virtuosité d'un animateur bien connu qui s'extasie de voir autant de gens rassemblés dans la tribune officielle... 

  Les reporters se mettent en scène, gesticulent sur les plages, exaltés tout en accumulant les erreurs. Tel autre expert pourtant renommé qui interrompt son explication sur "Ces jeunes hommes qui... Ah, voilà le Président Sarkozy, il marche sur des dalles installées pour ne pas piétiner dans le sable." Commentaire auxquels font écho les "Bonjour ! Bonjour !" de Sarkozy...

  Les témoignages émouvants de ceux qui ont vécu ces heures terribles et pleines d'espoir, sont noyés au milieu de ces conneries qui polluent la Mémoire. Ce n'est plus du recueillement, c'est un show dans lequel lesdits témoins ne sont plus que des faire-valoir pour ceux qui les interrogent.

  FUBAR comme auraient dit les GIs... Fucked up beyond all recognition. Tout foutu.

  L'heure n'est pas à la polémique ; je vais éteindre la télévision et lire sur le Débarquement. N'empêche, notre manière de traiter la Mémoire, c'est notre manière de construire nos sociétés. FUBAR.

Au-delà des mots : L'HECATOMBE D'OMAHA



Un char du 741st ou du 743rd Tank Battalion mis hors de combat sur l'un des secteurs d'Omaha Beach. Il est muni d'un dispositif (dit de "gué profond", "Deep Wading") qui lui permet d'avancer même si la partie supérieure de la caisse est submergée ; l'eau ne pénètre pas dans le moteur qui reste ventilé. Les Britanniques utilisent pour leur part des Sherman "flottants", des M4A1 baptisés Sherman DD, munis de jupes de flottaison qui, relevées donnent à l'engin de se mouvoir sur l'eau. 

  Le concept est ingénieux, mais les Américains s'en méfient... Néanmoins, chaque bataillon de chars dédié à l'assaut amphibie US aligne 32 Sherman M4A1 DD, 16 Sherman M4A1 avec le kit "Deep Wading" et 8 Sherman Dozer. Craignant de manquer de munitions si les choses tournent mal, plusieurs tankistes emportent un maximum d'obus pour le canon de 75 mm : une centaine au lieu des 60 de dotation... Surcharge qui sera fatale à la plupart des DD du 741st : 29 couleront rapidement. D'autant plus vite que la mer est agitée et que les DD sont mis à l'eau loin des plages, contrairement à ceux du 743rd.

  Au soir du 06 juin, le 741st n'a plus que 3 chars en état de combattre; 2 autres sont en cours de réparation, 48 sont détruits (ayant sombré au fond de la Manche) ou inutilisables. Le 743rd s'en sort beaucoup mieux : lorsqu'il parvient à déboucher hors des plages vers 22 heures 30, il possède encore 31 DD et 8 M4A1 avec dispositif de franchissement de gués profonds. Sans les chars, l'hécatombe d'Omaha se serait probablement transformée en déroute totale : ils prennent à partie les casemates avec leur canon de 75 mm, permettent aux fantassins de s'abriter derrière leur caisse sur laquelle claquent des grêles de balles...

Infirmier du 3rd Battalion, 16th Infantry Regiment, 1st Infantry Division (la célèbre "Big Red One"), hagard après avoir vécu l'enfer des mitrailleuses et des pièces d'artillerie allemandes. La plage est jonchée de blessés, de cadavres, de morceaux de corps, de débris divers... (Photo US NARA)
  Les pertes totales subies à Omaha ne seront jamais précisément déterminées. Mais une chose est sûre : elles sont terribles. Officiellement, elles s'élèvent à 2 374 hommes, dont 694 tués, 331 disparus et 1 349 blessés. Pertes qui s'expliquent par les défenses plus étoffées face à Omaha qu'ailleurs : à Gold, Sword et Juno, la moyenne des pièces d'artillerie s'établit à 9 par plage, 4 mortiers et 21 mitrailleuses. A Omaha, elle est de 30 pièces d'artillerie, 6 mortiers et surtout, 85 mitrailleuses ! Par ailleurs, la préparation d'artillerie navale qui s'abat sur les défenses allemandes d'Omaha est moins longue que celle qui frappe devant les plages "britanniques"...

Tué sur Omaha comme 694 de ses camarades... Pour la libération de la France et la chute du nazisme. (Photo US NARA)





Au-delà des mots : D'EN HAUT...



Gold Beach, King Sector : les LCI, LSM et autres LCM amènent à pied d'oeuvre, à partir de 07 heures 25, les éléments du 50 Division Group qui s'articule autour de la 50th (Northumbrian) Infantry Division.


Un B-26 Marauder survole Sword à proximité d'Hermanville-sur-Mer. C'est sur Sword que débarque notamment le Commando n°4 du Commandant Kieffer, aux côtés du 3 Division Group qui s'articule autour de la 3rd Infantry Division.


Les minuscules "fourmis" que sont ces fantassins de la 4th Infantry Division ont pris pied sur le sable d'Utah Beach. Plus à l'ouest combattent les éléments du 508th PIR dont nous avons parlé cette nuit...

Au-delà des mots : BB36 ET STP 133


Le BB36 Nevada déchaîne l'enfer contre la batterie d'Azeville avec ses canons de 356 mm le 06 juin 1944 (Photo : US NARA)




  Le 06 juin 1944, le cuirassé Nevada (BB36) pilonne la batterie côtière d'Azeville avec ses pièces de 14in (356 mm) ; celles-ci sont en mesure d'expédier un obus de 635 kilos jusqu'à 33 kilomètres de distance ! Caractéristiques qui en font un moyen d'appui efficace lors d'une opération amphibie. 

  En face, la batterie d'Azeville (Stützpunkt 133 avec les fortifications H650 et H671 qu'occupent les hommes du 2/HKA, 1261) ne compte "que" quatre canons de 105 mm K33I(f) sous casemate. Les plages d'Utah sont située à leur portée maximum, ce qui a pour conséquence des tirs imprécis. Tirs imprécis qui toutefois se poursuivent jusqu'au 09 juin. En outre, le 08 juin, le  2/HKA, 1261 bloque le 22nd Regimental Combat Team (22nd RCT) de la 4th Infantry Division. La batterie tombe finalement le lendemain après un assaut en règle...

Une des casemates de la batterie d'Azeville avec un K33I(f)
Après sa capture... Les combats ont été extrêmement violents, avec l'action de l'artillerie navale, l'utilisation de lance-flammes...

Au-delà des mots : 06 JUIN 1944, LA CÔTE 30


Des parachutistes du 508th Parachute Infantry Regiment vérifie leur équipement le 05 juin 1944... (Photo Signal Corps/NARA)



  Cette photographie inaugure une nouvelle rubrique de CONOPS. Rubrique dont la nature permettra des publications plus fréquentes que les autres travaux nécessitant d'importantes recherches...

  Voyageons dans le temps avec ladite image... Il y a 70 ans...

  05 juin 1944, à quelques heures du déclenchement de l'opération Neptune (phase d'assaut initial de l'opération Overlord, avec un volet aéroporté), des hommes du 508th Parachute Infantry Regiment (508th PIR) de la 82nd Airborne Division (82ème Division Aéroportée) ajustent leur équipement de saut. Unité d'élite avec des gaillards que ce régiment, cette division. Ce qui n'exclut pas l'angoisse, l'attente de l'action pour enfin la chasser. Interminable attente qui met les nerds à rude épreuve. Et la peur qui s'insinue à mesure qu'approche le moment du saut fatidique dans la nuit.

   Encore quelques heures et ils embarqueront dans les C-47 du 52nd Wing qui les conduiront ensuite au-dessus de la Normandie, derrière le secteur d'Utah Beach. Là, sous les ordres du colonel Roy Lindquist, ceux que l'on surnomme les "Red Devils" devront désorganiser le dispositif allemand, empêcher l'arrivée de renforts et ainsi, faciliter l'avance de leurs camarades depuis les plages à l'est.

  Huit jours plus tôt, l'ensemble des plans propres au parachutage de la 82nd Airborne doivent être modifiés en urgence : la présence de la 91ème Division d'Infanterie (Luftlande) est constatée où il ne faut pas ! En conséquence de quoi, deux des régiments de la 82nd seront lâchés à l'ouest de la rivière Merderet et un autre à l'est. Malheureusement zone a été inondée par les Allemands pour justement gêner d'éventuelles opérations aéroportées...

   Au 06 juin entre 02 heures 00 et 02 heures 30, la bataille s'engage mal pour le 508th PIR. Avec le temps et les tirs de la Flak allemande, la moitié de l'effectif est largué à plusieurs kilomètres de sa DZ. Le reste atterrit encore plus dispersé, dans le fracas des détonations et le bourdonnement continu des Dakota, sous les nuages qu'éclairent les traçantes d'un ennemi surpris, mais qui réagit néanmoins. De nombreux Américains se noient dans les marécages.

  Au sol, des petits groupements se forment, au gré des rencontres avec d'autres parachutistes égarés. Amalgamés à des éléments du 507th PIR, ils participent aux combats pour la sécurisation du pont de la Fière qui constitue un des trois objectifs attribués à la division. Des camarades du 507th PIR s'en sont emparés partiellement vers 11 heures 00. L'ouvrage modeste et sa chaussée traversent le Merderet. Pour les Allemands, il représente la possibilité d'acheminer des renforts face aux plages du secteur d'Utah. Pour les Américains, il signifie stopper l'acheminement de ces renforts tout en facilitant l'élargissement de la tête de pont alliée dans le Cotentin.

  Le 06 juin, à partir de 13 heures 00, depuis Picauville, l'ennemi lance une contre-attaque avec des éléments du 1057ème Régiment de Grenadiers qu'appuient quatre chars légers H-39 du Panzer Abteilung 100. Ils reprennent Cauquigny, à l'ouest, puis s'avancent sur la chaussée en direction du fameux pont. Deux des engins du PzAbt 100 sont endommagés dans la progression qui ne s'interrompt pas pour autant. Sur l'autre rive du Merderet, les parachutistes du 507th PIR bloquent la traversée des assaillants. Ces derniers tentent un nouvel assaut : un troisième H-39 est détruit au Bazooka. Le quatrième sera finalement neutralisé avec des grenades Gammon. L'empoignade est furieuse, mais les paras du 507th PIR s'accrochent.

  Au sud, d'autres parachutistes qui appartiennent au 2nd Battalion du 508th PIR se sont établis dans les fermes et les haies de la Côte 30. Ils empêchent les Allemands d'atteindre Chef-du-Pont et de là, de prendre à revers les défenses de la Fière. Ils vont ainsi tenir pendant plus de quarante huit heures face à un bataillon ennemi. Très inférieurs en nombre, avec des munitions qui s'épuisent autant que s'accumulent les pertes, ils contribuent à atténuer la pression qui pèse sur les défenseurs du pont de la Fière.

  Pont qui sera finalement totalement dégagé le 09 juin, de concert avec des unités de la 90th Infantry Division qui se fraie un chemin depuis les plages. Les combats de la Côte 30 auront coûté au II/508 PIR 58 tués et 82 blessés. Combats qui ne seront pas les derniers. Durant 33 jours, les Red Devils se battront encore dans la péninsule du Cotentin, perdant 1 061 hommes dont 307 tués sur les 2 056 parachutistes que compte le régiment...


 Carte du secteur d'Utah Beach avec les zones de largage des 82nd et 101st Airborne... (Document United States Military Academy)
Positions des II et III/508 PIR du 08 au 09 juin 1944 (Carte Center of Military History)