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samedi 7 juin 2014

Au-delà des mots : RENFORCEMENT SUR LES PLAGES


Un Sherman Firefly débarque d'un LST sur la plage de Sword, le 07 juin 1944 ; armé d'un canon de 17-pounder (76,2 mm), au lieu du classique 75 mm court, il est en mesure de tirer un projectile d'une vitesse initiale supérieure à celle du 75. Dès lors, il est en mesure d'engager les chars allemands les plus lourds (Panther, Tigre...), de front ; ce que ne peuvent pas les Sherman. Du moins pas avec autant de relative facilité.




  Le 07 juin 1944, le Débarquement est un succès. Les Allemands n'ont pas réussi à rejeter les Alliés à la mer comme le voulait Rommel. Commencé la veille en fonction des situations locales, le renforcement des têtes de pont encore fragiles s'intensifie au fil des heures. Il importe de "jeter" un maximum d'hommes et d'équipements afin d'étoffer les fronts qui s'établissent autour des zones de débarquement. Efforts qui se heurtent toutefois à la complexité de la tâche, faute d'infrastructures portuaires et en raison de la surface réduite desdites têtes de pont. La forte densité des troupes et de leurs éléments de soutien, sur un espace limité, est synonyme de vulnérabilité aux tirs de l'artillerie et à d'éventuels raids aériens ennemis.


Cette photo a été prise le 06 juin 1944 après l'assaut initial ; des fantassins de la 1st Infantry Division débarquent du LCT-538. Vers 08 heures 30, le bâtiment s'apprête à amener à pied d'oeuvre son "chargement" humain. Les rampes sont abaissés. Des obus de 88 mm le touchent alors tandis qu'il est pris pour cible par plusieurs mitrailleuses ; poursuivre la mission relèverait du suicide. Le courant se met alors de la partie, faisant dériver le "538". Il heurte une des "asperges de Rommel" (pieu de bois ou de béton auquel est fixé une mine antichar) qui explose. En difficulté, prenant l'eau par la brèche, il s'éloigne jusqu'à trouver un point de débarquement moins exposé. La rampe est encore abaissé... Mais, le "538" est trop loin de la rive et les véhicules coulent. Finalement, les dommages sont réparés. Le LCT entame alors, à l'image de centaines d'autres embarcations, une noria entre les navires de transport au large et la plage, acheminant des milliers d'hommes, comme ici... Le témoignage d'un des marins du LCT-538, Albert J. Berard, vaut d'être lu, ici :
Les équipages de ces navires dédiés aux opérations amphibies sont souvent oubliés. Injustement.


Une autre photographie prise le 06 juin 1944 : des Canadiens de la 3ème Division d'Infanterie Canadienne débarquent sur Juno après l'assaut initial. Le secteur de Juno englobe la localité de Courseulles où le général De Gaulle reviendra en France huit jours plus tard, pour une visite à Bayeux, première ville de France libérée. En raison de la marée, les Canadiens doivent débarquer quelques minutes après les Britanniques qui entrent en action sur Gold et Sword. Du côté de l'adversaire, l'ébahissement s'est estompé. Par ailleurs, les hommes sont "lâchés" plus loin que sur les autres plages. Ils doivent donc parcourir, à découvert, une plus grande distance tandis que les chars sont gênés par les différents obstacles. Si les pertes sur Juno sont finalement beaucoup moins élevées que celles qui étaient envisagées (2 000 hommes), elles sont tout de même très lourdes : 340 tués, 547 blessés et 47 prisonniers.

Sur Utah Beach, des hommes de l'US Navy examinent des "bombes automotrices" neutralisées, véritables ancêtres des robots modernes. Filoguidés, les Goliath roulent jusqu'à leur cible où ils sont alors détonnés. Les chenilles leur donnent de pouvoir circuler plus aisément parmi les décombres des villes. Ils sont d'ailleurs utilisés lors de l'insurrection de Varsovie, du 1er août au 2 octobre 1944.

Omaha Beach dans l'après-midi du 06 juin 1944 ; le "chaos organisé" propre aux troupes américaines (qui ne manquent pas de décontenancer les Allemands) est bien visible. L'Armée américaine est alors loin de ses baptêmes du feu, dans le Pacifique ou en Afrique du Nord. Malheureusement, l'efficacité dont elle s'habille disparaitra dans les mois qui suivront la fin de la guerre, avec pour conséquence un réveil difficile en Corée, cinq ans plus tard.