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samedi 6 septembre 2014

Polémique : JOURNALISME, NEMMOUCHE, SECRET ET NUISANCE


Menwith Hill ; station SIGINT (Signal Intelligence ; renseignement électronique) intégré au réseau échelon. (Phot : Matt Crypto via Wikicommons)




  Mehdi Nemmouche, "(...) aurait été l'un des geôliers des otages occidentaux détenus par l'organisation islamiste" écrit le Monde en ce 06 septembre 2014 et plus loin : "Cette information est le fruit des éléments transmis, ces derniers mois, par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à la section antiterroriste du parquet de Paris". Le Point, de son côté, explique : "Une information que le Point détenait et qui n'avait pas été révélée pour ne pas mettre en danger la vingtaine d'otages occidentaux encore détenus en Syrie par l'Etat islamique".

  L'irresponsabilité, pour ne pas dire la connerie de certains journalistes ne cesse de m'abasourdir. Car ces informations font partie de celles qui ne devraient pas "sortir", et qui, même tombant sous les yeux d'un vecteur de médias, ne devraient pas être relayées au public pour d'évidentes raisons : investigations en cours, collecte de renseignement, surveillance d'individus suspects. L'efficacité des services de renseignement s'inscrit dans le fait de savoir sans que l'ennemi le sache.

  La "théorie" de la "fuite organisée" par les services, au profit du pouvoir, pour justifier une éventuelle intervention armée en Irak, m'apparaît comme stupide ; elle révèle une méconnaissance du fonctionnement desdits services dans ce type d'affaires, tout en dédouanant certains journalistes de leur (ir)responsabilité.

  Cette "ère de la révélation" dans laquelle une compagne bafouée peut s'adonner à la jérémiade sur celui qui dirige un pays sous les yeux de l'opinion publique alors que se décide le sort de la sécurité européenne (sommet de l'OTAN en particulier au sujet de l'Ukraine), cette course à la révélation sans aucun recul, aucune mise en perspective, sans véritable réflexion quant aux conséquences possibles (qui ne seront jamais connues ou alors longtemps après) sont une dérive dangereuse du journalisme, du "devoir d'informer".

  Ou plutôt un trait de caractère qui fait fi du bon sens, conditionné par la course à l'information, l'information en temps en réel où l'on vérifie après avoir annoncé, où il faut aller plus vite que les autres quitte à se planter pour des infos fast-food qui de toute manière seront oubliées quelques heures plus tard.

  Je suis atterré de cette révélation du Monde sur Mehdi Nemmouche. Combien d'otages occidentaux toujours en Syrie ? Du jour au lendemain, leur "mise en danger" n'aurait soudain plus d'importance ?


Ps : l'article de Libération, mis en ligne environ deux heures après ce billet, est tout à l'honneur de Patricia Tourancheau :
http://www.liberation.fr/societe/2014/09/06/affaire-nemmouche-c-est-irresponsable-pour-les-otages-qui-restent-en-syrie_1095094