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jeudi 8 janvier 2015

Terrorisme : OBSERVATIONS SUR L'OPERATION TERRORISTE CONTRE CHARLIE HEBDO


Les deux terroristes ont giclé de leur Citroën pour "allumer" un véhicule de police qui arrive face à eux. Ils ne tentent pas de forcer le passage mais au contraire, cherchent à en découdre. En s'arrêtant, ils démontrent également une maîtrise des techniques de combat : les tirs sont précis, groupés tandis que leur puissance de feu ne permet pas aux policiers de riposter efficacement. (Cliché Anne Gelbard via réseaux sociaux)




Cellules terroristes

   Abominable journée que ce 07 janvier 2015 au cours de laquelle douze personnes ont trouvé la mort sous les balles de terroristes. Ainsi qu'expliqué dans une des nombreuses études que je rédige actuellement1, ces terroristes agissent dans le cadre d'une logique dématérialisée. Plus précisément, leurs actions sont – aujourd'hui - souvent déconnectées de « grandes filières2 » au sens que l'on imagine généralement, mais elles ne s'inscrivent pas moins dans une démarche que motive la défense de l'Islam3 par le biais du jihad mineur.

   Les cellules se forment en fonction d'individualités parfois instables, fréquemment avec des antécédents judiciaires (de la petite délinquance avec progression vers des violences à la personne), souvent autour d'un « vétéran » revenu d'un séjour d'entraînement et/ou de jihad à l'étranger. Elles ne regroupent que quelques personnes qui opèrent de leur propre initiative, loin de toute idée de « grand plan d'ensemble ». Elles ne répondent pas stricto sensu au principe du « loup solitaire ». Le terme est d'ailleurs galvaudé, car sa définition exacte ne correspond pas aux cas de Mohammed Merah ou encore de Mehdi Nemmouche.


Les limites du renseignement technique

   Au fil du temps et des échecs face aux services de renseignement, bénéficiant d'une « professionnalisation » accrue en Syrie et Irak (aussi bien au sein de groupes affiliés à l'EI qu'à al-Qaïda), les noyaux de ces cellules (les « vétérans ») ont appris à être électroniquement plus discrets. Illustration de cela, l'EI a publié un manuel de contre-surveillance dans lequel sont expliquées les précautions à prendre quant aux métadonnées (dans les tweets, les images, les vidéos, les pdf...), à veiller à ne livrer aucune information de lieux... Ils savent désormais ne pas utiliser leur téléphone portable, utiliser Internet prudemment...

   De fait, les plus efficaces de ces terroristes rendent caduques les moyens de renseignement techniques tout en disparaissant derrière le brouillard que constituent les « amateurs4 » qui remplissent l'horizon électronique. A leur insu, ils attirent l'attention sur eux, entraînant ainsi une inévitable dispersion des capacités de surveillance. De l'aveu de tous les services concernés, le renseignement humain (collecte, exploitation) est par trop négligé.

   Là, j'anticipe l'interrogation qui ne tardera pas à pointer le nez dans les médias généralistes : « Y a-t-il eu une faille des services de renseignement ? » Si faille il y a eu5, c'est une question de choix stratégiques et non d'incurie de la part de services qui font avec ce qu'ils ont à leur disposition, dans le cadre de lois contraignantes qui ne simplifient pas leur travail.


Que dire des suspects ?

   Contrairement à ce qui a été répété à l'envi tout au long de la journée aussi bien à la télévision que dans la presse écrite (Internet), l'opération n'a pas été très bien préparée. Les terroristes ne savaient pas exactement où se trouvaient la rédaction, alors qu'il leur suffisait de taper « rédaction Charlie Hebdo » dans les pages Jaunes pour avoir le numéro exact (le 10) ainsi que la photographie de l'entrée du journal... Ensuite, les terroristes ignoraient le code pour entrer dans le bâtiment de la rédaction. Ils n'ont pu pénétrer à l'intérieur qu'en menaçant une des dessinatrices du journal6. Or, la combinaison d'un digicode n'est pas une chose très difficile à obtenir, surtout lorsque les passages sont nombreux et que des prétextes multiples peuvent être trouvés pour cela. Autre exemple de « lacunes », une fois à l'intérieur, les terroristes ne savaient pas où se situait ladite rédaction.

   Ont-ils frappé au hasard sans connaître précisément la date de la conférence de rédaction ? C'est possible. Dans le cas contraire, là aussi, rien de très difficile pour glaner l'information. Il suffit de taper sur Internet « Charlie Hebdo conférence de rédaction » pour arriver par exemple ici datant de 2012 ou mieux encore, ici, de 2011, où est clairement écrit que la fameuse conférence a lieu... tous les mercredi matins. De plus, les terroristes ne connaissaient semble-t-il pas les visages de ceux « à abattre », alors que ceux-ci étaient facilement identifiables via photos sur Internet. Cette absence de repérage – a minima - sur Internet est intéressante car elle pourrait traduire une méfiance des assaillants. Enfin, le repli a été chaotique, avec notamment un accident et la nécessité de voler ensuite une autre voiture.


Terroristes chanceux et expérimentés

   Le malheur, c'est que les terroristes ont clairement bénéficié d'une chance inouïe. Chance qui a grandement pallié une médiocre préparation de l'opération. Les terroristes ont aussi bénéficié d'un autre avantage non négligeable, l'entraînement. A défaut d'être de bons planificateurs7 ils sont expérimentés. Au moins l'un d'entre-eux pourrait avoir combattu en Syrie ou en Irak (édit du 09/01/2015 : il s'agirait en réalité du Yémen). L'exécution du policier à terre sans l'ombre d'une hésitation, dans un geste presque « naturel » laisse supposer que l'individu n'est pas à son premier meurtre, qu'il a déjà tué avant le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo et l'exécution du policier.

   D'autres points notables prouvent leurs connaissances en matière de combat. Ainsi, lorsque leur véhicule se retrouve face à celui de la police, ils ne cherchent pas à forcer le passage comme l'auraient fait des « amateurs ». Ils s'arrêtent, descendent et ouvrent le feu, s'assurant ainsi de parfaitement viser, sélecteur de tir sur semi-automatique, à la fois pour la précision et pour ne pas gaspiller les munitions. Ils ouvrent le feu à l'identique quand ils abattent le policier (Ahmed Merabet) avant de l'achever froidement.

  Leur manière de progresser est également révélatrice. Elle témoigne d'une maîtrise dans leur déplacement face à une menace potentielle. Ainsi, lors de l'exécution d'Ahmed Merabet, celui qui tire s'est brièvement positionné derrière une camionnette, il "ouvre l'angle" afin d'avoir un champ de tir tout en profitant du couvert du véhicule. Ils tiennent correctement leur arme, non de façon fantaisiste. Le gilet d'assaut8 qui harnache un des terroristes traduit que celui-ci disposait d'un grand nombre de magasins supplémentaires (des grenades ?) et qu'une confrontation avec la police, nécessitant une bonne réserve de munitions avait été envisagée9.

   Enfin, la photographie des impacts sur le pare-brise de la voiture de police nous apprend que les tirs sur celle-ci ont été plutôt bien groupés : trois coup du côté du conducteur (rafale courte ?), plusieurs impacts du côté du passager. Si les tueurs étaient dotés d'AK-47, des tirs groupés avec ce type de fusil d'assaut n'est pas à la portée d'un novice car le canon de l'arme se relève lors de tirs en rafales (ce qui n'est pas le cas avec l'AK-74 dont le canon ne « tressaute » quasiment pas).

   Le mode d'action global évoque les raids "hit and run" menés par l'EI de 2013 à 2014 en Irak contre les responsables administratifs et des forces de sécurité locaux. Mode opératoire très similaire, notamment quant au choix de la tenue. Celle-ci contribue à semer la confusion : ceux qui croisent le chemin des terroristes croient tout d'abord qu'il s'agit de policiers. Ceux qui ne sont pas dupes encaissent l'effet psychologique de l'homme cagoulé. La manière de s'imposer, d'afficher un calme relatif qu'accompagne un déferlement de violences rappellent aussi les expéditions de terreur en Irak. La multiplication de ces expéditions est une des règles du genre (sans concertation nécessaire entre les différents groupes), afin de saturer les forces de sécurité (multiplications des appels au secours, paranoïa) tout en induisant le sentiment qu'ils sont partout, qu'ils sont beaucoup plus nombreux que leur nombre véritable.

[Addendum du 08/01/2015 à 10 heures 22]  La problématique de la carte d'identité

  Au sujet de la perte de la carte d'identité, est martelé que cela "ne correspond pas" à la maîtrise affichée par les terroristes. D'aucuns la considèrent incroyable. S'il ne s'agit pas d'une opération de déception tactique (= tromperie) à laquelle excellent les jihadistes (l'utilisation des tenues noires relève notamment de cela), elle ne me surprend pas. S'en étonner, c'est faire fi de la nature humaine des terroristes : eux aussi sont faillibles. Eux aussi commettent des erreurs. L'image du tueur froid impitoyable tend à éclipser cela. C'est une erreur. D'une part, comme mentionné, si relativement bien entraînés, les individus ne sont pas des planificateurs. Formulé plus abruptement, ils ne sont pas des lumières, des génies du mal, etc. Des combattants qui ont bien appris leur leçon, oui. Mais pas des planificateurs émérites. A cela s'ajoute le contexte dans lequel ont baigné les terroristes : la frénésie, la tension. Au bilan, la perte de cette carte n'est pas exceptionnelle.


   Toutes ces données amènent à redouter une intervention policière qui sera difficile et que compliquent inutilement les fuites10 et l'irresponsabilité médiatique... Si les terroristes ont bien été identifiés, inutile de compter sur un effet de surprise déjà bien incertain même lorsque de bonnes conditions sont réunies. Autre problème et pas des moindres, ils n'ont plus rien à perdre, ce qui les rend encore plus dangereux.

Lire aussi, sur de belles bourdes médiatiques depuis hier soir : http://conops-mil.blogspot.fr/2015/01/controverse-jusquou.html





1En l'occurrence, l'histoire de la théorie du jihad, dont les deux premières parties très réduites et simplifiées ont été publiées sur le blog Défense de Jeune Afrique, l'intégralité développée et avec une multitude de précisions, notes et sources sera mise en ligne sur ce blog.
2Et non pas « filiales » comme je l'ai entendu à plusieurs reprises sur des chaînes d'information en continu...
3De ce qu'ils présentent comme tel.
4Qui doivent toutefois être également surveillé car potentiellement dangereux voire, « maillons faibles » pour remonter jusqu'à d'autres individus beaucoup plus discrets. C'est cette approche qui a permis de repérer Ben Laden.
5En dehors des graves fuites policières relayées par les médias.
6Sans l'abattre ensuite, ce qui tend à désigner des affiliés d'al-Qaïda, vaguement plus « regardant » sur le meurtre des femmes et des enfants que les moudjahidines de l'EI ; dans la rédaction une journaliste est également épargnée.
7Les médias généralistes ne veulent voir que des terroristes machiavéliquement organisés, méticuleux, à l'image de parfaits « méchants » hollywoodiens ; dans la réalité, les choses sont bien différentes : un attentat « simple », mené avec relativement peu de moyens a d'autant plus de chances de réussir qu'il est n'est justement pas complexe et pas exceptionnellement bien planifié. Plus il est complexe, plus les chances de le voir échouer augmentent car, il exige plus de temps de préparation (et en conséquence, s'accroissent les probabilités de commettre une erreur, d'être repéré, etc...), il implique généralement plus de monde, etc... Bien que satire, le film We are four Lions le démontre assez bien.
8Que plusieurs journalistes ont évidemment confondu avec un gilet pare-balles.
9Considération de combattant plutôt que de planificateur.
10Le parquet de Paris se refusant à tout commentaire, confirmation implicite qu'il s'agit bien de fuites non volontaires.

11 commentaires:

  1. Des gus défouraillant en plein Paris (ville, disons le clairement, pleine de flics) sur une cible annoncée, au moins 5mn rien qu'a Charlie Hebdo et alentours. Avec un flic du SPHP qui était visiblement dans la place et n'était pas censé être un amateur (revoir leur dotation en pétoires a 1 coup?). Et qui arrivent à se tirer intacts!

    C'est plus que de la chance qu'il a fallu, mais bien plus.

    Déjà avec Merah l'incompétence avait été pointée car l'annonce du militaire flingué en vendant sa moto, c'était quelques centaines d'IP avec celle de la mère (qui n'a jamais reniée l'action de son fils, bien au contraire) du tueur au milieu: Cela aurait dû tilter dans les heures qui suivaient et au moins éviter le massacre de l'école.

    Et a chaque fois, ce sont des types bien connus. Tiens, la semaine dernière le Canard Enchainé évoquait l'un d'eux qui a réussi a se foutre sous un RER sans avoir été pisté, après un différend familial: Certains se disaient avec 2 semaines d'avance qu'un gus comme ca dans une gare se suicidant à la fraiche aurait pu être tenté de donner un autre sens à sa mort et qu'il y avait eu un grave problème.

    En effet, c'est juste lamentable, des têtes doivent tomber dans le renseignement tout autant qu'en politique (qui, avant les manifs d'hier, laissaient les drapeaux de l'EI voler au vent aux mêmes lieux, uns sous ministre bigleu issue de l'immigration évoquant une simple "profession de foi": Elle n'a même pas été virée illico).

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    1. Bonjour,

      Exact. Si la chance a bien été aidée par l'entraînement (relatif, sans être des surhommes, entraînement néanmoins) et la détermination des terroristes, elle l'a aussi été par le manque de moyens. Les policiers ne sont pas responsables : à l'évidence, ils ont fait leur devoir. Mais comment affronter des furieux qui savent manier l'AK, qui savent ce qu'est le déplacement tactique et ont certainement des notions de CQB, quand il n'y a que quelques pistolets-mitrailleurs Beretta M12 pour plusieurs véhicules (et encore, j'ignore si la dotation prévoit toujours un PM pour quatre ou six véhicules), quand les policiers lambda (hors BAC, BRI, etc) ne sont clairement pas formés à ce type de menace (sous-estimée jusqu'à hier).

      C'est vrai que si quelques-uns des gus dont nous parlons (et parmi eux, des vétérans du jihad en Syrie, Irak, voire ailleurs) décident de manière concertée ou non (l'inspiration "crée" par les uns servant de déclencheur), même avec une planification médiocre (voire sans aucun plan précis), de se lancer dans des actions de guérilla urbaine, nous sommes mal.

      Heureusement - et j'ai dans l'idée que je ne vous apprendrai rien - la chance est volage et capricieuse : quand elle abandonne les uns, elle couche avec les autres. Elle tendra aussi les bras.

      Ceci étant dit, en ce qui concerne les responsabilités "stratégiques", il est indéniable que certains choix laissent dubitatifs au moins ceux qui ne sont pas des pékins. Au risque d'augmenter le volume de commentaires négatifs, je m'interroge par exemple sur l'embauche massive de personnel au sein de l'Education Nationale, ce alors que la Cour des Comptes a établi qu'il ne s'agissait pas tant d'une question d'effectifs que de gestion de ceux-ci. Dans le même temps, eh bien le manque de moyens humains, la priorité au recrutement de jeunes méga-diplômés généralement sans culture rens (ou mili) vont commencer d'avoir des effets nocifs.

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  2. Certains au RAID (à la base) ont conscience du problème.

    http://defense.blogs.lavoixdunord.fr/archive/2014/09/30/raid-menace-13376.html

    "... Au RAID, on pense aussi à ce que les policiers appellent le primo-intervenant, le fonctionnaire de terrain en patrouille qui tombera en premier sur cet individu radicalisé, dangereux. Des stages " amok " de 15 jours d'intervention en patrouille tentent de réintroduire de la rusticité chez les fonctionnaires " Car face à la désinhibation, les policiers sont complètement inhibés par l’usage de l’arme à feu. On pense aux conséquences, à une enquête éventuelle, une mise en examen. On ne sait plus ouvrir le feu pour fixer le terroriste. C’est un problème majeur ", grimace un officier du RAID qui par essence interviendra beaucoup plus tard. Or le temps profite au terroriste ..."

    Mais avec un pouvoir politique soit à côté de ses pompes par idéologie (gauche) ou à la remorque médiatique du camp d'en face pour ne pas passer pour un "facho" (droite) et une autorité administrative de plus en plus carriériste, il est clair que rien ne bougera. Jusqu'à un pépin grave. Pépin en cours à Paris ces jours-ci?

    VQE

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    1. Bonsoir,

      Votre lien que vous partagez est très intéressant et j'en recommande la lecture. En revanche, pour ma part, je parlerais plutôt de "stages anti-amok" dans la mesure où il s'agit de contrer ce phénomène qui englobe différentes formes d'explosion de folie meurtrière, elles-mêmes déclenchées et alimentées par différents éléments. A n'en pas douter, le fanatisme en est une.

      Et même dans le cas de figure d'une froide détermination jihadiste, avec un individu qui ne peut pas considéré comme frappé de l'amok ou encore en état de berserk, le "stage anti-amok" prend tout son sens et se justifie pleinement pour des fonctionnaires de police "lambda", induisant des automatismes pour dépasser la tétanisation face à une violence d'une intensité supérieure à celle (déjà bien marquée) que rencontrent les policiers au quotidien.

      Quant au reste de votre commentaire, je suis parfaitement d'accord avec ce que vous écrivez : l'état d'esprit ambiant n'est pas adapté aux menaces qui pèsent sur nous depuis une vingtaine d'années.

      Or, les menaces terroristes islamistes (elles pourraient être de toute nature) évoluent, s'adaptent aux moyens relativement limités de petites cellules jihadistes (a minima islamistes subversives dans un premier temps) très autonomes voire totalement indépendantes (qui agissent par ce que j'appelle "l'effet de la source d'inspiration" plutôt que suite aux ordres reçus d'une structure hiérarchique de réseau bien établie) quand pour nous, les choses involuent.

      Le décalage ne fait que s'accroître, accentué des (mauvais) choix stratégiques que j'évoque par ailleurs, avec au bilan des situations comme celles subies durant ces trois derniers jours.

      Bien cordialement

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  3. Je disconviens en partie de votre vision de cette tuerie.
    - je ne pense pas qu'il y ait fuite de la part des nos services. Tout ce milieu est assez cloisonné avec à la tête de chaque "groupe", un peu comme les wilayas, un " chef " , pour ne pas le nommer autrement.Tout au plus, on peut se demander s'il est bien logique d'avoir fait un travail remarquable au Mali, grâce au général Pujat, élimination de quantités de « fous d'Allah » - cf, les articles de Bernard Lugan - et , dans le même temps, armé et entrainé leurs cousins, sinon leurs proches, pour éliminer ‎Bachar el-Assad .

    - quant aux suspects, vous les affirmez en quelques sortes, petits professionnels, sans trop de formations de type "intendance"., arguant du fait qu'ils ne savaient pas ceci et cela; ils ont pourtant attendu la venue de la journaliste qui leur a ouvert bien sagement la porte d'entrée. Question donc : comment connaissaient-ils l'heure de cette présence, alors qu'ils ne savaient rien d'autres ? Autre question : comme les impacts étaient bien groupés, les policiers ont-ils eu le temps de quitter leur voiture, car on ne voit aucune trace de sang, ni leur départ sur les vidéos..
    Par contre, effectivement, leur repli a été des plus farfelue : mauvaise entente entre eux, une fois leur sale coup terminé ? Enfin, l'affaire de la carte d'identité : dans une opération commando, tout peut arriver, même si tout a été répété à l'envi avant l'action proprement dite, perte d'un chargeur, voire d'une arme - je l'ai vu lors d'une manœuvre assez sériée Légion-Marines -piles hors d'usage, aujourd’hui, tel en panne.. Mais perdre sa CNI, alors que l'on sait que l'on va dézinguér quantité de gens ? Désolé, on n'emporte pas ses papiers dans une telle tuerie, en sachant qu'en cas d'échec, on pourrait être arrêté et... interrogé..
    ...
    - Enfin, vous ne parlez que peu de 'EI, plus exactement EIIL, rebaptisé ensuite Daesch, et de al-Qaïda,(entre parenthèses, les deux groupes s'entretuent à qui mieux mieux : 3000 morts ).
    Pour moi, la chose est assez claire.: les jihadistes, qu'ils soient des Frères musulmans, d’al-Qaïda ou de Daesh détruisent tout ce qui peut offenser leur Dieu, et seulement après, tuent les gens, comme ils l'ont toujours fait Maghreb et au Levant. Alors, pourquoi rien de ceci au 10 ?
    Et donc, je termine en disant que c'était une opération destinée à couper la France en deux camps, en provoquant une fracture entre les Français musulmans et les Français non-musulmans, prélude à une guerre civile., mais dont l'origine ne vient pas de ces "professionnels", même de pacotille, car les Frères musulmans, al-Qaïda ou Daeshne veulent pas de guerre en Occident, mais en Orient.
    Quid alors, des vrais responsables ? Chi lo sa.

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    1. Bonjour,

      Concernant la "fuite de la part de nos services", je ne vois pas à quoi vous faites référence dans la mesure où... je n'évoque rien de tel dans ce billet. Concernant ce qui vous apparaît être une contradiction entre le travail - effectivement remarquable - accompli au Mali et un supposé soutien massif aux islamistes opposés à Assad, je rappelle toute la complexité de la rébellion syrienne dans son ensemble. C'est une erreur que de la résumer à la seule étiquette "islamiste". Il y a certes un grand nombre de jihadistes rassemblés sous la bannière de l'EI ou d'al-Nosra (al-Qaïda) qui agglomèrent eux-mêmes des groupes aux loyautés variables. Avant 2013 ceux-ci ne constituaient pas la majorité de la rébellion. Aujourd'hui, ils remplissent de plus en plus l'espace de la rébellion, les "modérés" (terme qui, j'en conviens n'a qu'une signification toute relative, mais il existe néanmoins des laïcs dans l'opposition et même des chrétiens...) sont désormais marginalisés et n'ont quasiment plus d'espoir de gagner. Malgré tout, la rébellion n'est pas uniquement un ramassis de jihadistes de tous courants.

      Concernant les terroristes de janvier 2015 (Kouachi, Coulibaly), c'est en effet ce que j'affirme et démontre. Au moins l'un d'entre-eux possédait un minimum d'expertise du combat, à un niveau suffisant pour dominer des forces de police "de quartier" non préparées à ce type de menace, sans pour autant avoir des compétences exceptionnelles. Les Kouachi n'ont pas attendu la venue de la dessinatrice, ils sont "tombés" sur elle après s'être trompés d'entrée ! Pour ce qui est des policiers dans la voiture, ils ont décanillé à tout berzingue quand ils se sont fait allumer. La vidéo de laquelle est extraite le cliché qui illustre ce billet le montre. A l'évidence, sitôt qu'ils ont vu les frères Kouachi épauler, les policiers ont eu le réflexe salutaire de "se tasser", les balles sifflant au-dessus d'eux sans les atteindre (d'où une marche arrière hiératique). Pour la CNI, eh bien je me permets de vous faire remarquer à quel point vous avez tort en ne vous donnant qu'un seul exemple parmi beaucoup d'autres : 1985, l'affaire du Rainbow Warrior avec un coup de téléphone imprudent (d'aucuns diraient ahurissant) des officiers français depuis un hôtel alors qu'ils sont à la disposition de la police néo-zélandaise ! L'erreur se conjugue avec la malchance... qui fait la chance du camp d'en face. Et des "comme ça", il y en a à la pelle, les jihadistes étant globalement assez "bons" en la matière. Me vient à l'esprit le grandiose foirage de l'opération Bojinka : http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Bojinka_%281995%29, etc, etc... A ce titre, We are four lions" devrait être une référence tant il est "bien observé".
      https://www.youtube.com/watch?v=nV4AtC9VXbs (le film met en avant que les "apprentis" sont mauvais et pourtant...).

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    2. Concernant l'EI et al-Qaïda, ils s'entretuent en Syrie, mais au-delà de la zone (en dehors de Syrie et d'Irak), les différences idéologiques (car c'est bien ainsi qu'il faut les appeler) entre les deux courants qui se réclament d'une même inspiration religieuse tendent à s'estomper. Ce d'ailleurs dans l'esprit de ce que cherchait à promouvoir Ben Laden via le jihad global : des actions au nom d'une source d'inspiration commune (certes représentée par une autorité unique, celle d'al-Qaïda !) mais sans nécessairement appartenir à al-Qaïda.

      D'ailleurs, vous avez tort - et c'est justement une des pierres d'achoppement dans les relations entre l'EI et al-Qaïda - : l'EI privilégie la guerre régionale pour l'avènement du califat, c'est à dire d'abord au Moyen-Orient (ce qui n'interdit pas les actions extérieures d'opportunisme, très porteuses en terme de propagande) quand al-Qaïda prône un jihad mondial considérant que le temps du califat n'est pas encore venu (même si al-Zaouahiri peut changer d'avis). Jihad global qui implique de porter la guerre notamment en Occident, ce depuis 1996...

      Pour conclure quant à ce qui est des vrais responsables, notons à quel point Vladimir Poutine est un homme responsable en n'ayant pas dissuadé son ami Ramzan Kadyrov d'avoir encouragé et soutenu la manifestation contre la France en Tchétchénie, pour la défense de l'Islam... Cocasse que cette énorme manifestation islamiste sous l'égide du protégé du Kremlin quand le même temps Assad est érigé par le même Kremlin en champion de la lutte contre l'islamisme radical offensif (et politique) !

      Pour moi, nos vrais alliés sont la Pologne, l'Ukraine et les pays baltes. Pas une Russie au sein de laquelle nombre de responsables (importants ou petits chefs) n'ont jamais fait

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    3. Autant votre billet est fort documenté et très plaisant à lire, autant votre réponse à mon commentaire est aussi fructueux dans certains détails. Et c'est même une première pour moi de lire vos remontrances avec une réelle satisfaction, habitué à tant de péremptoires " vous avez tort, du balais" sans justification aucune
      J'ai vu le film.We are four lions... Ancien militaire, 1er Choc et Légion, j'ai vraiment souffert de voir la triste agonie de ces soldats, le sort ne leur avait pas été très favorable..
      Il n'en demeure pas moins que je reste sur certaines de mes positions, tout autant que ma sympathie pour Poutine, bien qu'il ait commis effectivement quelques bourdes.

      De nouveau, mille merci pour avoir perdu quelques moments à me répondre.
      Je me permettrai de vous citer dans quelque billet sur mon blog.

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    4. Bonsoir,

      Merci à vous aussi, tant de votre premier commentaire, intéressant, que du second, chaleureux. Vous répondre n'a pas été un pensum mais au contraire un moment intelligent avec la conviction de discuter avec quelqu'un qui l'est tout autant et avec qui je partage assurément des points de vue.

      Je comprends notamment votre sympathie pour Poutine. Il représente ce qui nous fait défaut en France : un véritable chef capable non seulement d'incarner des valeurs mais aussi d'être (en théorie) cohérent quant à cette incarnation ; à la fois un état d'esprit et des actes.

      Parmi ces valeurs il y a aussi le patriotisme décomplexé dont la redécouverte nous serait salutaire et constituerait à la fois le meilleur remède et antidote contre ce sentiment de fracture qui depuis le 07 janvier apparaît enfin à certains décideurs.

      Pas à tous visiblement : ainsi le terme "d'apartheid" me sidère car il semble s'imposer en explication des actes terroristes. Plus qu'une explication, c'est une forme de justification qui pourrait être traduite ainsi "Oui, les pauvres, ça n'est pas vraiment de leur faute, c'est tellement dur..." Or, des jeunes qui vivent des situations difficiles dans les quartiers sensibles, il y en a aussi qui s'en sortent à force de volonté. Ils n'attendent pas que tout leur tombe tout cuit dans le bec en répétant "La République nous a abandonné".

      Cette manière de réfléchir aux causes des attentats est tout simplement creuse, vide, démagogique. Et c'est quelqu'un de nuancé qui l'écrit ! Pour preuve, les nombreuses chances qui ont été données à Amédy Coulibaly, en dépit de ses frasques délinquantes... Plutôt que d'essayer de nous faire croire que tout cela est la faute de la République qui rejetterait volontairement toute une partie de sa population, il serait plus judicieux de dire qu'une frange de ladite population rejette la République et se complaît dans une forme de sédition intellectuelle encouragée en cela par un laxisme effarant (dans les écoles, dans les rues, dans les prisons...).

      La différence dans l'approche est considérable. Tout existe déjà et la question n'est donc pas "Qu'est-ce que nous pouvons faire pour vous ?" mais "Comment allons nous vous faire comprendre quels sont vos devoirs." Lassana Bathily est emblématique du fait que vivre dans une situation difficile n'empêche aucunement d'être un homme de Bien. Lui, il bosse depuis quatre ans tandis que Coulibaly a accumulé les larcins... Or le terrorisme ne se combattra pas efficacement sans affirmation patriotique et sans détermination à imposer l'autorité républicaine.

      Bref, je comprends votre sympathie même si pour le coup, je ne la partage pas car Poutine, lui, ne nous aime pas. La fin de ma réponse précédente a d'ailleurs été "amputée". j'écrivais : "Pour moi, nos vrais alliés sont la Pologne, l'Ukraine et les pays baltes. Pas une Russie au sein de laquelle nombre de responsables (importants ou petits chefs) n'ont jamais fait le deuil de l'URSS." Les manifestations en Tchétchénie (en s'appuyant de fait sur l'Islam radical combattu par ailleurs) témoignent que l'on aurait tout intérêt à se méfier et que nous ne devons pas accorder notre confiance au maître du Kremlin qui pour moi est un fieffé coquin (au sens péjoratif ancien du terme).

      Bref encore, merci à vous aussi d'avoir généré cet échange.

      Bien cordialement.

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  4. Au temps pour moi, je pensais à Lone Survivor...

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    1. Oui, j'ai songé que vous pensiez justement à ce film.

      Vu également et également très bien (même si différent de We are four lions ; ce dernier caricature intelligemment les jihadistes en démontrant que même des bras cassés peuvent finalement être dangereux) ; je recommande donc aussi Lone Survivor (Du sang et des larmes pour le titre français).
      https://www.youtube.com/watch?v=SQNC01sMCUU

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