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jeudi 8 janvier 2015

Terrorisme : OBSERVATIONS SUR L'OPERATION TERRORISTE CONTRE CHARLIE HEBDO


Les deux terroristes ont giclé de leur Citroën pour "allumer" un véhicule de police qui arrive face à eux. Ils ne tentent pas de forcer le passage mais au contraire, cherchent à en découdre. En s'arrêtant, ils démontrent également une maîtrise des techniques de combat : les tirs sont précis, groupés tandis que leur puissance de feu ne permet pas aux policiers de riposter efficacement. (Cliché Anne Gelbard via réseaux sociaux)




Cellules terroristes

   Abominable journée que ce 07 janvier 2015 au cours de laquelle douze personnes ont trouvé la mort sous les balles de terroristes. Ainsi qu'expliqué dans une des nombreuses études que je rédige actuellement1, ces terroristes agissent dans le cadre d'une logique dématérialisée. Plus précisément, leurs actions sont – aujourd'hui - souvent déconnectées de « grandes filières2 » au sens que l'on imagine généralement, mais elles ne s'inscrivent pas moins dans une démarche que motive la défense de l'Islam3 par le biais du jihad mineur.

   Les cellules se forment en fonction d'individualités parfois instables, fréquemment avec des antécédents judiciaires (de la petite délinquance avec progression vers des violences à la personne), souvent autour d'un « vétéran » revenu d'un séjour d'entraînement et/ou de jihad à l'étranger. Elles ne regroupent que quelques personnes qui opèrent de leur propre initiative, loin de toute idée de « grand plan d'ensemble ». Elles ne répondent pas stricto sensu au principe du « loup solitaire ». Le terme est d'ailleurs galvaudé, car sa définition exacte ne correspond pas aux cas de Mohammed Merah ou encore de Mehdi Nemmouche.


Les limites du renseignement technique

   Au fil du temps et des échecs face aux services de renseignement, bénéficiant d'une « professionnalisation » accrue en Syrie et Irak (aussi bien au sein de groupes affiliés à l'EI qu'à al-Qaïda), les noyaux de ces cellules (les « vétérans ») ont appris à être électroniquement plus discrets. Illustration de cela, l'EI a publié un manuel de contre-surveillance dans lequel sont expliquées les précautions à prendre quant aux métadonnées (dans les tweets, les images, les vidéos, les pdf...), à veiller à ne livrer aucune information de lieux... Ils savent désormais ne pas utiliser leur téléphone portable, utiliser Internet prudemment...

   De fait, les plus efficaces de ces terroristes rendent caduques les moyens de renseignement techniques tout en disparaissant derrière le brouillard que constituent les « amateurs4 » qui remplissent l'horizon électronique. A leur insu, ils attirent l'attention sur eux, entraînant ainsi une inévitable dispersion des capacités de surveillance. De l'aveu de tous les services concernés, le renseignement humain (collecte, exploitation) est par trop négligé.

   Là, j'anticipe l'interrogation qui ne tardera pas à pointer le nez dans les médias généralistes : « Y a-t-il eu une faille des services de renseignement ? » Si faille il y a eu5, c'est une question de choix stratégiques et non d'incurie de la part de services qui font avec ce qu'ils ont à leur disposition, dans le cadre de lois contraignantes qui ne simplifient pas leur travail.


Que dire des suspects ?

   Contrairement à ce qui a été répété à l'envi tout au long de la journée aussi bien à la télévision que dans la presse écrite (Internet), l'opération n'a pas été très bien préparée. Les terroristes ne savaient pas exactement où se trouvaient la rédaction, alors qu'il leur suffisait de taper « rédaction Charlie Hebdo » dans les pages Jaunes pour avoir le numéro exact (le 10) ainsi que la photographie de l'entrée du journal... Ensuite, les terroristes ignoraient le code pour entrer dans le bâtiment de la rédaction. Ils n'ont pu pénétrer à l'intérieur qu'en menaçant une des dessinatrices du journal6. Or, la combinaison d'un digicode n'est pas une chose très difficile à obtenir, surtout lorsque les passages sont nombreux et que des prétextes multiples peuvent être trouvés pour cela. Autre exemple de « lacunes », une fois à l'intérieur, les terroristes ne savaient pas où se situait ladite rédaction.

   Ont-ils frappé au hasard sans connaître précisément la date de la conférence de rédaction ? C'est possible. Dans le cas contraire, là aussi, rien de très difficile pour glaner l'information. Il suffit de taper sur Internet « Charlie Hebdo conférence de rédaction » pour arriver par exemple ici datant de 2012 ou mieux encore, ici, de 2011, où est clairement écrit que la fameuse conférence a lieu... tous les mercredi matins. De plus, les terroristes ne connaissaient semble-t-il pas les visages de ceux « à abattre », alors que ceux-ci étaient facilement identifiables via photos sur Internet. Cette absence de repérage – a minima - sur Internet est intéressante car elle pourrait traduire une méfiance des assaillants. Enfin, le repli a été chaotique, avec notamment un accident et la nécessité de voler ensuite une autre voiture.


Terroristes chanceux et expérimentés

   Le malheur, c'est que les terroristes ont clairement bénéficié d'une chance inouïe. Chance qui a grandement pallié une médiocre préparation de l'opération. Les terroristes ont aussi bénéficié d'un autre avantage non négligeable, l'entraînement. A défaut d'être de bons planificateurs7 ils sont expérimentés. Au moins l'un d'entre-eux pourrait avoir combattu en Syrie ou en Irak (édit du 09/01/2015 : il s'agirait en réalité du Yémen). L'exécution du policier à terre sans l'ombre d'une hésitation, dans un geste presque « naturel » laisse supposer que l'individu n'est pas à son premier meurtre, qu'il a déjà tué avant le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo et l'exécution du policier.

   D'autres points notables prouvent leurs connaissances en matière de combat. Ainsi, lorsque leur véhicule se retrouve face à celui de la police, ils ne cherchent pas à forcer le passage comme l'auraient fait des « amateurs ». Ils s'arrêtent, descendent et ouvrent le feu, s'assurant ainsi de parfaitement viser, sélecteur de tir sur semi-automatique, à la fois pour la précision et pour ne pas gaspiller les munitions. Ils ouvrent le feu à l'identique quand ils abattent le policier (Ahmed Merabet) avant de l'achever froidement.

  Leur manière de progresser est également révélatrice. Elle témoigne d'une maîtrise dans leur déplacement face à une menace potentielle. Ainsi, lors de l'exécution d'Ahmed Merabet, celui qui tire s'est brièvement positionné derrière une camionnette, il "ouvre l'angle" afin d'avoir un champ de tir tout en profitant du couvert du véhicule. Ils tiennent correctement leur arme, non de façon fantaisiste. Le gilet d'assaut8 qui harnache un des terroristes traduit que celui-ci disposait d'un grand nombre de magasins supplémentaires (des grenades ?) et qu'une confrontation avec la police, nécessitant une bonne réserve de munitions avait été envisagée9.

   Enfin, la photographie des impacts sur le pare-brise de la voiture de police nous apprend que les tirs sur celle-ci ont été plutôt bien groupés : trois coup du côté du conducteur (rafale courte ?), plusieurs impacts du côté du passager. Si les tueurs étaient dotés d'AK-47, des tirs groupés avec ce type de fusil d'assaut n'est pas à la portée d'un novice car le canon de l'arme se relève lors de tirs en rafales (ce qui n'est pas le cas avec l'AK-74 dont le canon ne « tressaute » quasiment pas).

   Le mode d'action global évoque les raids "hit and run" menés par l'EI de 2013 à 2014 en Irak contre les responsables administratifs et des forces de sécurité locaux. Mode opératoire très similaire, notamment quant au choix de la tenue. Celle-ci contribue à semer la confusion : ceux qui croisent le chemin des terroristes croient tout d'abord qu'il s'agit de policiers. Ceux qui ne sont pas dupes encaissent l'effet psychologique de l'homme cagoulé. La manière de s'imposer, d'afficher un calme relatif qu'accompagne un déferlement de violences rappellent aussi les expéditions de terreur en Irak. La multiplication de ces expéditions est une des règles du genre (sans concertation nécessaire entre les différents groupes), afin de saturer les forces de sécurité (multiplications des appels au secours, paranoïa) tout en induisant le sentiment qu'ils sont partout, qu'ils sont beaucoup plus nombreux que leur nombre véritable.

[Addendum du 08/01/2015 à 10 heures 22]  La problématique de la carte d'identité

  Au sujet de la perte de la carte d'identité, est martelé que cela "ne correspond pas" à la maîtrise affichée par les terroristes. D'aucuns la considèrent incroyable. S'il ne s'agit pas d'une opération de déception tactique (= tromperie) à laquelle excellent les jihadistes (l'utilisation des tenues noires relève notamment de cela), elle ne me surprend pas. S'en étonner, c'est faire fi de la nature humaine des terroristes : eux aussi sont faillibles. Eux aussi commettent des erreurs. L'image du tueur froid impitoyable tend à éclipser cela. C'est une erreur. D'une part, comme mentionné, si relativement bien entraînés, les individus ne sont pas des planificateurs. Formulé plus abruptement, ils ne sont pas des lumières, des génies du mal, etc. Des combattants qui ont bien appris leur leçon, oui. Mais pas des planificateurs émérites. A cela s'ajoute le contexte dans lequel ont baigné les terroristes : la frénésie, la tension. Au bilan, la perte de cette carte n'est pas exceptionnelle.


   Toutes ces données amènent à redouter une intervention policière qui sera difficile et que compliquent inutilement les fuites10 et l'irresponsabilité médiatique... Si les terroristes ont bien été identifiés, inutile de compter sur un effet de surprise déjà bien incertain même lorsque de bonnes conditions sont réunies. Autre problème et pas des moindres, ils n'ont plus rien à perdre, ce qui les rend encore plus dangereux.

Lire aussi, sur de belles bourdes médiatiques depuis hier soir : http://conops-mil.blogspot.fr/2015/01/controverse-jusquou.html





1En l'occurrence, l'histoire de la théorie du jihad, dont les deux premières parties très réduites et simplifiées ont été publiées sur le blog Défense de Jeune Afrique, l'intégralité développée et avec une multitude de précisions, notes et sources sera mise en ligne sur ce blog.
2Et non pas « filiales » comme je l'ai entendu à plusieurs reprises sur des chaînes d'information en continu...
3De ce qu'ils présentent comme tel.
4Qui doivent toutefois être également surveillé car potentiellement dangereux voire, « maillons faibles » pour remonter jusqu'à d'autres individus beaucoup plus discrets. C'est cette approche qui a permis de repérer Ben Laden.
5En dehors des graves fuites policières relayées par les médias.
6Sans l'abattre ensuite, ce qui tend à désigner des affiliés d'al-Qaïda, vaguement plus « regardant » sur le meurtre des femmes et des enfants que les moudjahidines de l'EI ; dans la rédaction une journaliste est également épargnée.
7Les médias généralistes ne veulent voir que des terroristes machiavéliquement organisés, méticuleux, à l'image de parfaits « méchants » hollywoodiens ; dans la réalité, les choses sont bien différentes : un attentat « simple », mené avec relativement peu de moyens a d'autant plus de chances de réussir qu'il est n'est justement pas complexe et pas exceptionnellement bien planifié. Plus il est complexe, plus les chances de le voir échouer augmentent car, il exige plus de temps de préparation (et en conséquence, s'accroissent les probabilités de commettre une erreur, d'être repéré, etc...), il implique généralement plus de monde, etc... Bien que satire, le film We are four Lions le démontre assez bien.
8Que plusieurs journalistes ont évidemment confondu avec un gilet pare-balles.
9Considération de combattant plutôt que de planificateur.
10Le parquet de Paris se refusant à tout commentaire, confirmation implicite qu'il s'agit bien de fuites non volontaires.

Controverse : JUSQU'OU ?







Nota bene
[08 heures 15] : A ceux qui, ce matin, répètent que les médias ont été "responsables" conformément à la recommandation du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, en arguant que l'information de la carte d'identité n'a pas été dévoilée, je rappelle quand même que ladite information se diffusait à la vitesse grand V dans la plupart des médias dès les environs de 23 heures 30. Je rappelle aussi que l'identité des suspects s'est rapidement transformée de [prénom + initiale du nom] en [prénom + nom complet]... Ce, presque trois heures avant l'avis de recherche public ! Désormais circule en boucle l'information que "la police a décidé de rendre publique l'identité des suspects". Certains ajoutent que cette décision a été prise "extrêmement rapidement". Quoi de surprenant ? Que pouvaient faire d'autre les autorités judiciaires et policières alors que de toute manière, une foison de détails avaient déjà été dévoilés. Une fois de plus, je n'invente rien : c'est le déroulement des évènements journalistiques ; un coup d'oeil sur Internet le démontre.
En dehors de quelques mots de Manuel Valls, furtifs et que se gardent bien de souligner les médias, je suis sidéré de l'absence globale de commentaires officiels sur ce flux inconsidéré de nouvelles. L'on me rétorquera que c'est la liberté d'expression, le devoir d'informer. Je réponds qu'un jour, cela tournera très mal et que le seul effet, c'est de gêner les enquêteurs (tout en fournissant du rens' à peu de coût aux terroristes et à leurs complices).
Enfin, je déplore ce comportement qui frise l'indécence avec une quasi frénésie de certains journalistes qui ne donnent pas "un peu de cohérence" au fracas du monde mais qui s'imposent lourdement en vecteurs d'émotions primaires. Or, les évènements en cours ne sont pas une émission de divertissement.
[Vers 09 heures 30] Manuel Valls a enfin évoqué sans ambiguïté le problème de la diffusion des informations, faisant une allusion à peine masquée à la diffusion honteuse des informations sur les identités des terroristes présumés, plusieurs heures avant que la police ne la rende public (bravo Le Point, entre autres), laissant aussi entendre que l'intervention du RAID a pu en pâtir... Les médias généralistes ne doivent pas juste répéter qu'ils sont "responsables". Ils doivent l'être.
[17 heures 31] "GB" attire mon attention sur un article de l'Express qui relaie les propos de Frédéric Lagarche, du syndicat policier Alliance, furieux des fuites et de leur diffusion, ici. Il était grand temps après 24 heures de grand n'importe quoi quant à la divulgation d'informations sensibles avec l'absence de véritable réaction ferme des autorités politiques, des médias pour l'essentiel autistes. pour le plus grand bénéfice des terroristes... Merci à "GB".
Il est question d'un débat démocratique qui surviendra après le dénouement de cette crise. Il sera bon de ne pas se restreindre aux mauvais choix stratégiques qui impactent depuis des années l'efficacité globale des services de renseignement (et de police) et de s'interroger aussi sur la notion de responsabilité médiatique (qui devrait rendre caduque le principe de l'exclusivité) dans le cadre de la liberté d'expression...




Rédigé à partir de minuit, le 08 janvier 2015 :

   Plutôt qu'un long billet décousu, je préfère poster une série de deux billets ; le premier sur le ton de la controverse (merci à ceux qui m'encouragent à garder ce ton, tant pis pour les autres), le second apportant des explications qui, je trouve, ont manqué dans les observations diverses sur la tragédie de ce 07 janvier 2014 à Paris.


Irresponsabilité d'une partie des médias, une fois encore

   Avant d'aller plus loin, j'insiste sur ce point : je ne suis pas un fasciste. Je condamne l'effroyable attentat perpétré contre Charlie Hebdo, l'atteinte sanglante à la liberté d'expression. Cependant, cela ne m'empêche pas de déplorer une fois encore, l'attitude irresponsable d'une partie (j'insiste, d'une partie) des médias généralistes. J'en veux pour preuve les propos d'un spécialiste police-justice sur une des chaînes d'information en continu. Réagissant à une déclaration du procureur de la République appelant justement à la responsabilité des médias, ledit journaliste a expliqué en substance, que oui, les médias devaient être prudents et que des informations circulaient mais qu'il ne dirait pas que les enquêteurs savaient des choses ! Ubuesque !

   Quant à la « chasse à l'homme » elle a été « vécue » en « direct » via des médias qui empilent pléthore d'informations, sans le moindre recul. Comportement qui induit des risques pour le bon déroulement de l'enquête, une pression inutile sur le dos des policiers et personnels du renseignement, mais aussi sur le dos des décideurs politiques. Je n'ai allumé la télévision que par intermittence, mais à chaque fois, j'étais estomaqué de cette espèce de « frénésie » de l'information, me disant « Ils s'y croient ! » C'est tout le problème : l'information brute se transforme en une sorte de transe émotive, créant une espèce d'illusion de « vivre le moment ». Si la situation n'était pas aussi tragique, la comparaison avec un genre d'Intervilles ou de Fort Boyard du terrorisme s'imposerait.


L'annonce de suspects qui « seraient localisés » alors même que le RAID se déploierait

   Terrible illustration de cette irresponsabilité, la « une » de Libération informant (certes, au conditionnel) de l’interpellation des trois suspects, puis, environ une demi heure plus tard expliquant qu'ils auraient été localisés, mais pas interpellés. Splendide ! Si l'information est vraie, les gus sauront ainsi où en est la police ! « Mieux » encore, l'annonce peu après, par le Point, que l'un des suspects aurait été identifié grâce à sa carte d'identité perdue dans la Citroën abandonnée ! « Mieux » ? Non, beaucoup « mieux » : le cliché de ladite carte, avec le nom du suspect (ce qui me semble d'ailleurs constituer une violation de la présomption d'innocence1), le numéro de la carte, évidemment non flouté à 23 heures 27 ! Toute cette débauche de nouvelles avec en toile de fond l'annonce tonitruante d'une opération du RAID en cours2. Si l'on résume, s'il s'agit bien d'eux, les suspects savent ce qui les attend, l'effet de surprise de l'intervention du RAID va en pâtir3. Sans parler d'éventuels complices ainsi bien au courant des avancées sans même avoir besoin d'être en contact avec les terroristes !

   Lorsque viendra le moment de la question « Y a-t-il eu faille des services de renseignement », peut-être que la presse pourrait également se poser la question de sa responsabilité vis-à-vis des crises de ce genre (d'autant que d'autres sont à redouter). Car cette course à l'information aura un jour des conséquences catastrophiques qui se paieront au prix du sang. Faut-il aller jusque là ? Se pose aussi la – grave – question des fuites. La photo (via portable) publiée de la carte d'identité d'un des suspects relève juste de l'inadmissible. Sa diffusion n'est plus la liberté d'expression mais ce que je ne cesse de dénoncer : l'irresponsabilité médiatique.


Et les policiers ?

   Outre les « facéties » médiatiques que je critique, puisque je ne manquerai pas de recevoir quelques commentaires peu sympathiques sur mon franc parler, je souligne le mépris abyssal dont sont victimes les deux policiers tués en service. L'un d'eux ayant été littéralement exécuté. L'horreur a réuni dans la mort journalistes de Charlie Hebdo et policiers, il serait bon que la classe politique ne fractionne pas son empathie en l'attribuant aux uns pour oublier les autres. 

  Ce soir, j'ai le sentiment d'un terrible et inique oubli de ces policiers bien mal équipés face aux terroristes et qui pourtant, ont fait de leur mieux. Que Madame Hidalgo, maire de Paris, déclare que Charlie Hebdo sera fait « citoyen d'honneur » de la ville de Paris n'est pas choquant. Les journalistes assassinés sont morts au nom de grands idéaux. Mais quid des policiers ? Et de l'agent d'entretien ? Pourquoi sont-ils aussi absents des discours ? Pourquoi nulle mention n'est faite de leur famille, de leurs proches4 ? Les policiers sont morts en défendant ceux qui défendent la liberté d'expression et pourtant, bien peu sur eux [NB : hier soir].

   Ce soir, mes pensées vont aux dix membres du personnel de Charlie Hebdo, à l'agent d'entretien et aux deux policiers. Elles vont aux blessés. Elles vont à leur famille et à leurs proches. A tous, journalistes, agent d'entretien et policiers, policiers, agent d'entretien et journalistes. A tous. Pas aux uns sans les autres. 

  Et je souhaite la neutralisation rapide des terroristes, sans nouvelles victimes civiles ou policières.



1Et pain béni pour les avocats de ces canailles, s'ils sont pris vivants.
3Ce qui semble se confirmer au moment où je m'apprête à mettre en ligne...
4A ma connaissance, seuls Hassen Chalgoumi et Rachida Dati se sont démarqués, ainsi que fort logiquement Bernard Cazeneuve.