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samedi 10 janvier 2015

Terrorisme : COURAGE DES MOTS


  Qu'en est-il de la réalité de ce bandeau ? S'il a existé, ne serait-ce que quelques secondes, le fait serait terriblement grave. Dans tous les cas, le comportement des médias et de leurs représentants "sur le terrain" est loin d'avoir été irréprochable. [édité le 11 janvier à 02 heures 14]

  En dehors d'un bref passage qui ne m'a pas plu sur Europe 1, au cours des deux ans écoulés j'ai systématiquement répondu par la négative à plusieurs demandes afin que je participe à des émissions. Aujourd'hui, je ne suis plus sollicité et ne veux pas l'être. A ce titre, je regrette que bien peu des spécialistes invités sur les plateaux de télévision pour commenter des images n'aient protesté, à l'exception notable du général Didier Tauzin, le seul à avoir en substance déclaré : "Faisons attention à ce que nous disons." La colère de cette femme aurait dû également être la leur. A leur place, je me serais levé et je serais parti en expliquant : "Vous déconnez et vous vous faites complices par imprudence de ces gars."

  Consternant que ces voitures de journalistes suivant ceux de la gendarmerie et de la police en donnant le nombre de véhicules croisés, la direction dans laquelle ils se dirigeaient. Ecoeurant que cet appel téléphonique aux frères Kouachi retranchés dans l'imprimerie. Ce en dehors de toute supervision policière.  Démarche d'une irresponsabilité insensée : toute interaction parasite est strictement proscrite dans le processus de négociations avec des terroristes ou preneurs d'otages. Sauf erreur de ma part, les gendarmes n'avaient pas mandaté les journalistes. Identités dévoilées, indications en temps réel sur les dispositifs de sécurité se mettant en place, emplacement des hommes de la BRI et du RAID autour de l'Hyper Cacher bien avant l'assaut... Je m'efforce de rester nuancé mais avec le témoignage de cette femme, un sentiment domine : l'attitude globale des médias est à vomir.

  Il va falloir analyser les failles qui ont conduit à ce bain de sang. Les mauvais choix stratégiques sur lesquels je ne reviendrai pas. Mais alors que la liberté d'expression est également au coeur de cette crise, un débat sur ses devoirs est indispensable. Une exclusivité de quelques minutes vaut-elle la mort de gens ? Et sans sombrer dans le populisme primaire que je conchie autant que la bêtise inculte (l'un et l'autre étant d'ailleurs consanguins), il serait bon que les hommes politiques aux fonctions régaliennes dénoncent fermement ces dérives qui malheureusement n'ont pas été marginales mais générales. Sans parler de censure, peut-être qu'une loi s'imposerait elle aussi à propos du traitement en direct des crises terroristes.

  Je retourne à mon étude sur l'histoire des théories du jihad dont je posterai un extrait d'ici quelques jours.